HYPERINFLATION  : LE RISQUE PLANETAIRE
 

Mise en bouche

 

J’ai toutes les raisons de penser que nous allons passer prochainement d’une baisse des prix à un cauchemar inflationniste.

Ron Paul, Sénateur américain, le 29 Décembre 2008

 

La
première panacée d’un gouvernement mal géré, c’est l’inflation de la
devise. La deuxième, c’est la guerre. Toutes deux apportent une
prospérité temporaire ; toutes deux apportent une ruine plus
permanente.

Ernest Hemingway, écrivain

 

L’inflation
est une méthode de plaisirs artificiels à court terme, avec la
contre-partie inévitable d’une souffrance à long terme. Mais le "long
terme" est une dénomination trompeuse et apaisante, utilisée pour
calmer les esprits. Le "long terme" mute inévitablement en
"Maintenant", et pour les fous c’est un bâtard vicieux.

Cyd Malone, sur mises.org, le 12 Novembre 2008


En
appauvrissant ceux qui créent de la richesse, les politiques actuelles
du gouvernement et de la Fed risquent de transformer une brève
récession en une dépression grave et prolongée.

Frank Shostak, chercheur associé au Ludwig von Mises Institute, dans Le bon et le mauvais crédit, 7 Novembre 2008

 

Le
programme de la nouvelle administration des Etats-Unis devrait être
lourd de conséquences s’il devait être mis en application, même si le
programme du candidat démocrate ressemble à une réelle "mission
impossible"

Philippulus, économiste autodidacte anonyme dans OBAMA Président, Mission Impossible, le 2 Novembre 2008

 

Au
cours d’une matinée Parisienne de Février 1796, avec une grande
mélancolie, tout l’appareillage d’impression de monnaie papier fut
sollennellement détruit et brûlé sur la place Vendôme de la ville.

Andrew Dickson White dans Fiat Money Inflation in France (p. 53), 2007

 

Un
passage en revue rapide de l’Histoire montre que lorsqu’une nation a
choisi l’étalon-or, cela a toujours constitué le début d’une très
longue période de prospérité pour cette nation. Losqu’un pays a choisi
la monnaie fiduciaire, il s’en est suivi une période de 30 années voire
plus, au cours de laquelle il s’est développé encore plus rapidement.
Néanmoins, durant cette période de prospérité basée sur la monnaie
fiduciaire, des excès se sont mis en place. Une fois qu’ils ont atteint
des niveaux extrèmes, la situation devient très dangereuse. Lorsque le
niveau de la dette devient par trop excessif, une part en augmentation
des revenus de la production, c’est-à-dire les profits, doit être
employée au service de la dette. Lorsque le service de la dette
consomme tous les profits de la production, il épuise la production
elle-même. C’est là le vrai coupable de la perte des emplois
domestiques. Comme une part de plus en plus importante de l’activité
économique se déplace de la production réelle de biens vers une montée
en puissance de différentes formes de papiers, les citoyens perdent
leur emploi et vivent une époque dangereuse. Nous avons atteint cette
époque.

Richard J. Greene, dans Fiat Money Systems sur gold-eagle.com, le 21 Mars 2004

 

L’art
de la politique économique consiste à ne pas considérer uniquement
l’aspect immédiat d’un problème ou d’un acte, mais à envisager ses
effets plus lointains ; il consiste essentiellement à considérer les
conséquences que cette politique peut avoir, non seulement sur un
groupe d’hommes ou d’intérêts donnés, mais sur tous les groupes
existants.

Henry Hazlitt, L’économie Politique en Une Leçon, 1949

 

Le
seul choix possible est soit une sortie rapide de la crise comme le
résultat de l’arrêt volontaire de la poursuite du développement du
crédit, ou une fin plus tardive en raison d’une faillite complète et
finale de la devise concernée.

Ludwig von Mises, Human Action, 1940

Introduction


Les spécialistes de l’économie, ou tout du moins ceux dont c’est le métier, sont unanimes: pour faire face à la crise actuelle, ils demandent plus de soutien financier, de plans de relance, de baisse des taux, de volonté politique pour relancer l’économie, en bref, plus de création monétaire ! Ces derniers temps, certains d’entre eux prétendent même que la crise est finie, en raison du courage politique du gouvernement des USA, et de l’ampleur des interventions des autorités financières.

Mon constat est tout autre : les Etats-Unis, comme de nombreux pays développés, sont en faillite, et les marchés s’effondrent sous le poids de la dette et de l’inflation de la monnaie fiduciaire à l’issue d’une tendance remontant à près d’un siècle. Penser que les plans de relance et toujours plus de création monétaire sont la solution à des problèmes dont les causes sont faussement identifiées comme de supposés disfonctionnements de l’économie de marché, revient à tourner le dos à l’Histoire, et à se méprendre sur les causes réelles de la crise.

Au cours de l’Histoire, la plupart des développements économiques se sont appuyés sur la monnaie physique, l’or étant utilisé comme monnaie d’échange. Les nations ne se sont affranchies de cette référence qu’à l’exception de circonstances exceptionnelles, et notamment pour financer les efforts de  guerre, dont le coût a toujours été prohibitif, et ne peuvent être financées que par le biais d’une monnaie fiduciaire.

Ceci revient à dire qu’une croissance économique s’appuyant sur l’inflation monétaire conduit à son épuisement progressif, tout en étant source de conflits multiples et répétés entre les peuples, les groupes d’intérêts, les nations et les religions. Ces influences négatives sont toutefois confrontées à de formidables forces déflationnistes constituées par les évolutions technologiques et le progrès qui évolue à un rythme exponentiel double, comme je l’ai présenté dans mon précédent article sur la déflation.   

C’est là tout l’enjeu des années à venir : la lutte acharnée entre, d’un côté, l’inflation monétaire – qui tend vers l’hyperinflation – et qui s’acharne à défendre des intérêts minoritaires en tentant de maintenir les prix et de sauvegarder des structures économiques dépassées, et de l’autre côté la puissance déflationniste des progrès technologiques et de l’innovation. L’inflation devra faire face à ses démons que constituent l’endettement et la stérilisation des échanges commerciaux, tandis que le potentiel du développement basé sur l’intelligence, dont la progression continue de s‘accélérer, est sans bornes. En toute logique, au cours des années qui viennent, les forces déflationnistes devraient l’emporter, tandis que la monnaie tangible fera son grand retour.

Le chemin vers la déflation planétaire bénéfique à l’humanité toute entière ne sera toutefois pas un long fleuve tranquille, car il impliquera probablement un détour vers une hyperinflation généralisée à l’échelle du globe.  

Rappels historiques

A l’origine, l’inflation prenait la forme de la manipulation de la monnaie physique.
En l’an 20 avant JC, suite à une période de fort développement de
l’Empire Romain, Auguste (image ci-contre) ordonna l’exploitation de ses mines espagnoles et françaises 24 heures sur 24 afin de soutenir le coût énorme de ses dépenses d’infrastructure. Cette exploitation conduisit à un rythme de création monétaire supérieur à celui de la production de l’Empire, et par conséquent
à l’inflation monétaire. S’il mit ultérieurement fin à cette création
monétaire, son beau-fils conserva ces pièces dans les coffres
gouvernementaux, monnaie dont il fut ensuite fait un usage abusif par
les empereurs qui succédèrent à Auguste: Caligula, Claudius et Néron.
Leurs dépenses prodigues en faveur de la consommation (cela
rappelle-t-il quelque chose?) laminèrent la plupart des riches romains,
lorsque vient à Néron l’idée de dégrader la monnaie en 64 après JC en utilisant une quantité moindre d’argent dans les pièces. Ceci lui permit de poursuivre sur la voie des dépenses
somptuaires, accroissant ainsi le déficit commercial vis-à-vis des
colonies romaines, conduisant les riches à dissimuler leur richesse ou à
s’exiler pour échapper au pouvoir confiscatoire du gouvernement. La fin
de l’histoire n’est pas très joyeuse comme nous le savons (source).

A partir du 16ième siècle,
l’Espagne des Conquistadores accumula l’or en provenance du Mexique et
du Nouveau Monde, devenant ainsi la nation la plus riche au monde. Au
lieu de développer leur propre économie nationale, les espagnols
envoyèrent leur or dans le reste du monde afin de financer une orgie
consumériste. L’Espagne se déchaina militairement par le biais de
campagnes militaires  visant à exterminer les pirates (sont-ce les
« terroristes » de nos temps modernes?) dans le cadre d’une marche
impérialiste vers les pays étrangers, faisant abstraction de toute
distinction entre ces « terroristes » et les pays qui les hébergeaient.
Les réserves d’or espagnoles furent épuisées par ces campagnes
militaires, qui durent ensuite être financées par l’endettement
, ce qui mena à la faillite et au déclin de l’Espagne (source).

Vint ensuite l’invention de la monnaie papier,
que les chinois furent les premiers à utiliser vers 650 dans l’Empire
des Khan, avant son apparition en Europe vers la fin du XVIIième siècle
en Suède. En 1789, durant la crise économique que connaissait la France,
l’idée germa que celle-ci résultait d’un manque de monnaie. Les experts
de l’époque, des gens calmes et bien éduqués, universellement reconnus
comme étant les plus habiles et les plus honnêtes financiers de leur
époque (ils auraient pu s’appeller Bernanke, Paulson ou Trichet),
déclarèrent que la monnaie fiduciaire était le moyen de sécuriser la disponibilité
sans l’exigence du paiement d’un intérêt. Cette idée parvint à la
connaissance des hommes politiques, à qui l’on expliquait que cette
mesure leur permettrait d’imprimer de la monnaie à volonté, trouvèrent
cette idée merveilleuse. En 1790, la livre d’or étant l’unité monétaire
de référence, le gouvernement entrepris l’émission des assignats,
« garantis » non pas sur l’or, mais sur les terres dérobées à l’Eglise,
et produisant un intérêt de 3% à leurs détenteurs.


L’émission de l’équivalent de 400 millions de livres fut tout d’abord
voté, puis à nouveau 800 millions de livres furent imprimés cinq mois
plus tard, mais cette fois-ci sans paiement d’intérêt (les taux des
billets US à 13 semaines sont actuellement à 0% depuis le mois de
Novembre 2008), avant que les hommes politiques n’entreprirent
d’imprimer la monnaie en secret, faisant travailler les employés des
imprimeries 14 heures par jour (loin des 35 heures hebdomadaires
officielles actuelles). En moins de
six
ans, 45 milliards de livres papier non remboursable firent émis, à une
époque ou 45 milliards représentait beaucoup d’argent. L’inflation
atteignit le niveau de 13000% en 1795, dans l’année qui précéda
l’effondrement de cette monnaie. Cette époque fut aussi celle de la
terreur et de Marat,l’un des hommes les plus influents de la politique
française, qui appela le peuple à l’assassinat des commerçants et au
pillage de leurs inventaires (ce qui constituait le stimulus économique
de l’époque envers les classes défavorisées). L’inflation hypothéqua le
développement de la société française, tandis que les tentatives
autoritaires du contrôle des prix eurent pour conséquence une cadence
élevée dans le rythme d’utilisation de la guillotine. Napoléon mit fin
aux assignats et les remplaça par le franc or, qui fut à l’origine d’un
siècle de développement économique prospère du pays (diverses sources
dont notamment celle-ci).        

Nous devons malheureusement assister à
une une situation contemporaine au Zimbabwe sous le joug de son
Président despote Robert Mugabe. Selon le Telegraph du 13 Novembre 2008,
l’inflation a atteint 515 000 000 000 000 000 000 % par an, ce qui
correspond à un doublement des prix tous les 1,3 jours, pas très loin du
record historique de la Hongrie en 1946, ou les prix doublait toutes
les 15,6 heures. La situation de l’Allemagne en 1926, derrière la
troisième place occupée par la Yougoslavie de Milosevic en 1994,
apparait presque bénigne dans ces conditions, puisque la hausse des prix
atteignit son paroxysme avec un doublement « seulement » tous les 3,7
jours (
source).
Le ralentissement économique et l’appauvrissement de la population sont
tels que le pays est soumis à la famine et au choléra.
Bien
entendu, Gideon Gono, le gouverneur de la Banque Centrale du Zimbabwe,
fustige le comportement d’une bande de spéculateurs et de blanchisseurs
d’argent égoïstes à l’origine comme étant la cause des problèmes dont
l’institution qu’il dirige est la seule et unique responsable.

Force
est de constater que l’inflation, en tant que système pyramidal de
distribution de la richesse en faveur des gouvernements ou de catégories
privilégiées, a de tout temps été associée au développement des
inégalités, à un pouvoir autoritaire jusqu’au despotisme, et à des
conflits sociaux et militaires.

L’inflation monétaire n’est pas
seulement un phénomène historique, mais également une réalité moderne,
qui s’appuie toutefois désormais sur différents niveaux de levier
pyramidaux depuis l’instauration des banques centrales et du système des
réserves fractionnaires bancaires. C’est ce que nous allons examiner
dans ce qui suit.

Premier levier – Les espèces (pièces et billets)

La
monnaie consiste essentiellement de la monnaie physique (espèces en
circulation) et en réserve dans les coffres bancaires. Elle est composée
de pièces et billets pouvant être utilisés comme couverture liquide de
sécurité par les particuliers, pour les retraits au guichet ou par le
biais des distributeurs automatiques, mais en finalité elle sert surtout
de nos jours à régler les achats courants, notamment pour les petits
montants.

Les chiffres les plus facilement accessibles sont ceux relatifs au dollar US, pour lequel on observe que le stock total de dollar en espèces est de seulement 866 milliards de dollars au 1er Novembre 2008. La taille du stock d’espèce est relativement modeste par rapport à la taille de l’économie réelle (13808 milliards de dollars US à fin Décembre 2007,
soit environ 6% du PIB). Les banques centrales – qui se sont
généralement octroyé le monopole de la création monétaire – ont d’autres
outils de création monétaire, comme nous allons l’aborder ci-dessous.
La frappe de pièces ou l’impression de billets s’avère coûteuse en
comparaison de la création virtuelle de nouvelle monnaie par des moyens
informatisés.

Le
faible rôle joué par les dans l’économie est démontrée par l’exemple de
la période 1921-33. Durant 1921-29, la quantité de liquidité n’a
pratiquement pas varié, mais les marchés ont fortement progressé jusqu’à
former une bulle sur le marché des actions. Au contraire, la quantité
de liquidités a cru très rapidement durant 1930-33, à l’époque de la
Grande Dépression durant laquelle les prix des actions s’effondrèrent de
90%. 

Second Levier – La base monétaire

La base monétaire
(ou M0) est finalement une forme élargie de la disponibilité des
espèces, puis qu’elle comprend également les comptes de réserve des
banques commerciales auprès de la banque centrale, la Fed dans le cas
des USA. Cette dernière caractéristique prend ici toute son importance.

On
observe que jusqu’au mois d’Octobre, le stock d’espèces et la base
monétaire suivent des courbes très proches. La croissance de ces
liquidités était très faible depuis Septembre 2006, avec un taux de
croissance annuelle de la base qui n’a jamais dépassé 3% jusque
mi-Septembre 2009. Les dépôts liquides auprès de la Fed ne présentaient
jusque là pratiquement aucun intérêt pour les banques.  

Tout
change à partir de la fin Septembre, lorsqu’un décrochage haussier
considérable de la base monétaire se produit, mettant en évidence un
phénomène inédit. Jamais dans toute l’histoire de la Fed, autant de
liquidités n’avaient été créées à un rythme ausi rapide. Les tout
derniers chiffres du 31 Décembre permettent de déterminer sa croissance
annuelle : 99,4%, c’est-à-dire 843 milliards de dollars créés par la
Fed. 

Ce
rythme dépasse tout ce qu’on avait jamais vu, même durant le traitement
de la Grande Dépression, durant laquelle la croissance de la base
monétaire US ne dépassa jamais 27%, valeur atteinte au cours de l’année
1939. 
C’est le début d’une situation très
dangereuse, car ce rythme de création monétaire est une situation
d’extrême inflation, sur le point de basculer vers l’hyperinflation.

Une tentative d’interprétation de ce phénomène sera fournie dans ce qui suit.
 
 

Troisième levier – L’émission de dette gouvernementale

La dette US est émise par le trésor (treasury) ;
elle dépasse actuellement 10700 milliards de dollars. Cette dette n’est
pas à proprement parler assimilable à l’inflation monétaire, étant
donné que sa création par les émissions obligataires fait appel à de la
monnaie existante. Cette monnaie ne provient pas forcément des
Etats-Unis mais ce sont quand même des dollars qui sont collectés
lorsque le Trésor met ses bons sur le marché.

Une
particularité des Etats-Unis est de posséder un trésor et une banque
centrale coopérants sur les aspects financiers sous le contrôle du
gouvernement fédéral. En d’autres termes, la Fed peut intervenir pour
acheter des obligations d’Etat à partir de monnaie créée ex-nihilo.

Si
l’interprétation de mes lectures sur le sujet est correcte, la Fed crée
de nouveaux billets, qui lui reviennent environ à 0,12 dollar pièce
quelque soit la valeur faciale du billet, par exemple 1$ ou 100$. La Fed
achète ensuite de la dette auprès du trésor, l’argent reçu par le
Trésor se retrouvant dès lors sur le compte de réserve gouvernemental
auprès de la Fed. Lorsqu’une banque reçoit le soutient du gouvernement,
cela s’opère par un transfert d’espèce depuis le compte de réserve du
gouvernement vers celui de la banque en question auprès de la Fed.

Ce
lien entre la création de papier monnaie et la croissance exponentielle
de la dette publique est bien connu. Du point de vue du créditeur, le
gouvernement  fédéral contrôle la Fed – producteur monopolistique de la monnaie –  qui
ne pourra donc jamais faire faillite. Si nécessaire, le gouvernement
fédéral peut imprimer autant de dollars qu’il le souhaite pour
rembourser sa dette. L’achat de dette gouvernementale bénéficie donc
d’une « garantie » qu’aucun autre émetteur n’est en mesure de fournir.

Par
conséquent, le gouvernement fédéral augmente ses activités en
permanence en les finançant au travers de la dette publique, même s’il
n’existe aucune perspective de voir cette dette être un jour remboursée
grâce aux revenus de l’impôt. Le résultat est une croissance
gouvernementale hors de tout contrôle qui contrôle la production de la
monnaie papier.

John Galt compare l’activité de la Fed avec celui tristement célèbre de la République de Weimar au début  des
années 1920 qui – rapellons-le – a été à l’origine de l’accession
d’Adolf Hitler au pouvoir. Rappelons que profitant des très grandes
difficultés économiques et sociales liées à la crise économique de 1929,
Hitler promettait aux Allemands de résoudre tous leurs problèmes (source).

 

Quatrième levier – Le crédit bancaire

L’argent déposé auprès des banques commerciales est pris en compte
dans plusieurs agrégats monétaires généralement  dénommés M1, M2 et M3 :

  • M1 correspond à la base monétaire M0 additionné des montants déposés sur les comptes courants.
  • M2 correspond à M1 additionné de l’argent déposé sur les comptes
    épargne, les comptes d’investissement, et les comptes à terme de montant
    limité (100000 USD dans le cas des USA).
  • M3 correspond à M2 additionné de tous les autres types de comptes à
    terme, fonds commun de créance, eurodollars, ainsi que tous les
    mécanismes de prise en pension.
  • MZM est une définition intermédiaire qui prend en compte la monnaie +
    les actifs qui peut en théorie être immédiatement retirée auprès de la
    ba&,nque.

La plupart de cet argent n’est pas constitué de billets, si ce n’est
pour la partie M0, mais de crédit bancaire, de la taille des comptes
bancaires correspondants, et s’appuyant  sur un système de réserves fractionnaires.

Le terme de réserve est trompeur. A l’origine, le rôle de réserve s’appliquait à l’or, qui était la contrepartie tangible
que les banques conservaient dans leurs coffres en garantie des billets
de banque convertibles. Depuis l’abandon de l’étalon-or, la monnaie
papier étant la seule monnaie d’utilisation légale, et bien que les
billets n’aient plus aucune contre-valeur, les liquidités conservées par
les banques et sur leur compte auprès de la Fed (ou des autres banques
centrales) constituent la réserve des banques commerciales.

Loin de moi l’idée d’interpréter dans le détail ces agrégats
monétaires, c’est un réel travail de spécialiste. Mes tentatives
précédentes dans certaines de mes analyses se révèlent être entachées
d’erreurs. L’élément à prendre en compte est ici que les banques
centrales imposent aux banques de conserver des fonds de réserve pour
faire face à d’éventuels retraits de liquidités de la part de leurs
clients. Les normes de Bâle II déterminent un ratio de Cooke entre les fonds propres et les engagements de crédit ne devant pas être inférieur à 8%.

Sur cette base, les banques prêtent un multiple de la quantité
d’espèces dont elles disposent, et qui comprend bien entendu NOTRE
argent. Qu’on le veuille ou non, à partir du moment ou nous plaçons des
liquidités auprès de la banque, celles-ci sont immédiatement employées
pour l’émission de crédits de consommation, de crédits d’investissement
ou de prêts immobiliers par exemple, dans le but de percevoir des
intérêts de la part des emprunteurs. Si vous avez 1000 dollars ou euros
sur votre compte bancaire, la banque ne détient qu’environ 100  dollar
ou euros d’espèces en coffre ou auprès de sa banque centrale.  Le
mécanisme est le suivant :

  • 1. 1000 $ de liquidités placées sur votre compte auprès de votre banque A
  • 2. A prête 920 $ en liquide à la banque B, qui les placent sur un autre compte
  • 3. La banque B prête 828 $ à la banque C, ou peut-être à nouveau à B
  • 4. Et ainsi de suite

…après 10 étapes, le montant d’origine est multiplié par 7 : 

Ceci, c’est la théorie,
mais en pratique, la situation s’avère bien plus dangereuse, car en
pratique viennent s’ajouter au multiplicateur bancaire des « innovations
technologiques » telles que les « sweep accounts », une forme de comptes liés de dépôt et d’investissement auprès d’un même établissement bancaire.

La réalité est inquiétante : au 1er Novembre 2008, la situation est la suivante :

Définition de la monnaie

Milliards USD

Espèces en circulation

866

(dont espèces en coffre chez les banques)

38

+ espèces sur comptes de réserve de la Fed

317

= Base monétaire

1182

+ montants sur comptes courants = M1

1519

+ montants sur comptes à terme/épargne/invest. = M2

7828

+ comptes à terme larges/fonds de créance, etc… = M3 estimate

>14000

MZM

11848


Cette situation peut
également être représentée graphiquement, mais il est indispensable –
compte tenu de la différence considérable de taille entre les aggrégats
– d’utiliser une échelle logarithmique pour obtenir une
lecture visuelle facile de leurs montants comparatifs :

 Les banques US soutenaient donc au 1er Novembre 2008 un agrégat M1 de 1,5 trilliard et un montant M2 de 7,8 trilliards, avec
seulement 38 milliards dans leur coffres, et des réserves de 317
milliards (en forte augmentation toutefois) auprès de la Fed. On se rend
bien compte que les ratios prudentiels sont très loin d’être respectés.
Les banques ne seraient  théoriquement en mesure de n’indemniser que
tout au plus 2,5% de leur clients si ceux-ci se précipitaient au guichet
pour y retirer les économies déposées sur leurs seuls comptes courants
(sachant que le rapport entre M1 et les espèces en coffre est inférieur à
2,5%) tout en générant un besoin immédiat de recapitalisation de la
part de la Fed.

C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles la base monétaire explose à la hausse sur les derniers mois de l’année.

L’inflation monétaire – celle réelle de la Fed, additionnée à celle
virtuelle du système bancaire – érode de manière ininterrompue la valeur
du dollar US en terme de pouvoir d’achat, comme représenté sur le
graphe ci-dessus (source).

La cinquième dimension du levier – Les dérivés hors bilan

Comme si cela ne suffisait pas, les organismes financiers US ont
tenté de trouver le moyen de mettre en place des mécanismes leur
permettant de s’affranchir des obligations de réserve de la Fed.
L’ «  innovation majeure » de la fin du 20ième siècle restera
sans aucun doute celle des contrats de dérivés hors-bilan, que Warren
Buffet a qualifié d’armes de destruction financière massives, à juste
titre.

Si l’attention du public reste focalisée sur les actions de la Fed ou
les problèmes des crédits immobiliers dit « subprime », la catégorie
des contrats dérivés a permis le développement d’un système bancaire
fantôme, ou parallèle, n’obéissant à aucune règle prudentielle, et
faisant entrer les risques d’explosion atomique sur les marchés dans une
nouvelle dimension du crédit jusqu’alors inconnue.

Certaines descriptions détaillées de ces produits sont disponibles, dont celles  de Ted Seides (très complexe et en anglais), de Bill Gross
(en anglais également). Sur le web francophone, je pense qu’il n’existe
pas de meilleure description que celle de Dupilon au sujet des CDS dans
son article sur la Crise financière : risques systémiques Part 3.

Les CDS, ou « Credit Default Swap » ne sont qu’un élément de la
catégorie des dérivés, dont le montant total s’élève à 531 TRILLIARDS de
dollars selon l’ISDA, soit environ
37 fois le montant de l’aggrégat monétaire le plus large, M3, et 615
fois le montant de toutes les espèces disponibles (base monétaire à fin
Juin 2008 = 862 milliards de dollars environ).

 Les partisans de ces contrats prétendront que la plupart de ces
trilliards de contrats ne représentent que des négociations entre des
parties cherchant à parier sur le risque ou à se couvrir contre
celui-ci, dans le but précis de distribuer les risques de marché et
d’éliminer les menaces systémiques prétendument inhérentes à
leur nature. Mais on a découvert depuis la faillite du fond LCTM que les
stratégies mathématiques et modélisées par les génies de la finance
pour distribuer les risques ne fonctionnent aussi longtemps qu’un cygne
noir ne point pas le bout de son bec et que les marchés ne dérogent pas à
la tendance précédente dont l’évolution a servi à alimenter les calculs
des ordinanteurs.

Le risque est au contraire augmenté par cette nouvelle dimension
intergalactique du crédit bancaire, la moindre turbulence de marché
devenant dès lors suffisante pour déstabiliser l’édifice des dérivés de
crédit et entrainer toute la structure financière US, et mondiale par un
effet de domino, dans un effondrement systémique total, comme le
mentionne Dupilon dans son article. Le seul endroit ou une logique du
risque similaire à celle des CDS est utilisée se retrouve chez les
bookmakers et dans les casinos, comme le mentionne Bill Gross.

Publicités