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A quelques jours de la grande manifestation prévue pour défendre ce qu’il reste du système de retraites national, alors que la chose est déjà pliée et prête à digérer, d’autres lois empaquetées sous le doux vocable de LOPPSI, s’apprêtent à venir changer radicalement notre rapport à l’autorité étatique, et ceci, dans de nombreux domaines. Vous l’aurez compris : on veut assurer notre sécurité.
C’est-y pas gentil çà ?

Allons-nous encore ignorer la loi sur la sécurité intérieure qui sera votée la semaine prochaine au Sénat ?
En fait, c’est peut-être une erreur de reprendre les termes officiels désignant cette loi pour la nommer  : soyons clairs, il s’agit d’une loi destinée à rendre plus efficace l’action de la police. Ce projet de loi comprend pas moins de 48 articles, qui vont du développement des drones, et d’une censure sur internet, à l’attribution de missions de police à la police municipale, en passant par celui de la prescription de caméras de vidéo-surveillance, d’utilisation par la police des véhicules réquisitionnés en cas d’infractions graves (avant même le jugement) et par le développement d’une réserve civile de la police et d’un service volontaire citoyen de la police nationale ( qui évoque une milice privée, comme le précise Jean-Pierre Dubois dans l’éditorial de la revue de la LDH "H&L" numéro 150 : "Sécuritaire : ces outils qui vous veulent du bien").

Oui, allons-nous l’oublier ? Parce que certains ne l’oublient pas. Comme je l’avais noté sur Mediapart, la date limite des amendements de séance pour la loi LOPPSI 2 était fixée le 2 septembre à 11 heures. Si le matin, la liste des amendements était inaccessible, du moins pour moi, ce n’était pas le cas après le dépassement de la date limite de dépôt : on a pu trouver alors la longue liste des amendements déposés, pour un nombre certain d’entre eux, le 2 septembre. Faut-il s’en étonner ? Pas vraiment, si l’on fait l’hypothèse que tout a été fait pour que l’attention soit portée sur les retraites, voire sur le sort des roms, pour permettre à d’autres lois tout aussi problématiques et contestées de passer dans l’ignorance de l’opinion publique, et le silence des médias.
Ainsi, ces amendements, comme les diverses travaux de commissions et les auditions du Sénat concernant cette loi vont passer inaperçus.

 

Mais ce n’est pas surprenant : on ne change pas une stratégie qui marche, et, à part les internautes inquiets de la liberté du net (cf cet article de ZD.net du 23 juin 2010 de Christophe Auffray : "Loppsi 2 : la CNIL émet toujours des réserves" qui résume le point de vue de la CNIL) et les associations qui s’inquiètent de l’atteinte aux droits de l’homme qu’annoncerait cette loi, qui sait qu’elle a été adoptée en première lecture à l’Assemblée Nationale le 16 février ?
Non, à l’époque, l’opinion publique était polarisée par la question du port de la burka, le vrai-faux débat sur l’identité nationale, et le voile islamique. Toutes questions introduites par qui ? Et qui est-ce qui a introduit le "débat" sur les retraites juste après des élections régionales catastrophiques pour le parti au pouvoir ? Et qui a précisé d’ailleurs que la question serait examinée au Parlement en septembre ? En septembre, précisément le même jour ( le 7 ) que celui de l’examen de la loi Loppsi 2 au Sénat  (comme c’est étrange) projet de loi qui n’ a pas connu, lui, une telle publicité officielle …

Or cette loi, qui entend développer la performance de la sécurité intérieure, qui la connait ? Qui l’a lue ?

Peu de monde, je pense, sinon, nous entendrions davantage parler de l’extension des missions de la police municipale. On entendrait débattre de la question de savoir si on a envie que son voisin fasse partie de façon épisodique de la police. On s’inquiéterait de savoir ce que ferait cette réserve civile si, un jour, il y avait un état d’urgence ou des mouvements sociaux un peu remuants, sachant que si la le projet de loi précise que ces réservistes n’auront pas de mission de maintien de l’ordre, il n’est pas écrit dans la loi qu’ils ne pourront pas participer au renseignement. Quant à l’"éducation à la loi" qui fera partie de leurs missions, qu’est-ce que cela pourrait représenter si le pays était en crise  ou si le pouvoir était aux mains d’un apprenti dictateur ?
Non, vous n’y croyez pas, n’est-ce pas ? Vous n’allez pas lire la loi, en particulier l’article 37 quater ?
Les amendements non plus, n’est-ce pas ? Pourtant, tout à l’heure, entre deux moments où ceux-ci étaient inaccessibles à la lecture j’ai pu en lire un, qui sera justement annexé à cet article 37 quater : il précise, si ma lecture rapide ne me trompe pas, que les étrangers en situation irrégulière et qui sont soumis à résidence en attendant qu’il soit statué sur leur sort, seraient susceptibles d’être punis d’une peine de un an de prison s’ils ne se rendent pas aux convocations auxquelles ils sont soumis. 

Non, continuons à nous mobiliser contre les retraites comme le gouvernement nous le demande : continuons à regarder la lune, en ignorant ce qui est visible, et même éclatant, mais que nous ne voulons pas voir. La Tseu disait :
Il est impossible, n’est-ce pas, que dans le pays des droits de l’homme, on détruise les habitations de personnes qui n’ont rien fait de mal, qu’on les fasse partir de chez elles, qu’on empêche des enfants qui allaient faire leur rentrée avec les vôtres de prendre le chemin de l’école, et ceci pour qu’ils se retrouvent dans un pays qu’ils ne connaissent parfois même pas, avec des parents déboussolés et traumatisés ?

Il est impossible que nous ayons une milice et que nos rues soient obligatoirement parsemées de caméras de surveillance.
Votre pays, c’est la France, terre d’asile, qui a été chantée par les poètes et qui est la lumière éclairant de loin ceux qui sont privés de liberté. Qui est ? Ou qui était ?

Pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font …
Pardonnez-leur, parce qu’ils ne regardent pas dans la bonne direction…
A vrai dire, non, je ne pardonne pas. Désolé de le dire, mais non.
Je pardonne à la jeune génération, celle qui a été élevée à ne pas réfléchir, à penser qu’on ne peut rien faire, celle qui ne connait pas l’histoire, enseignée par flashs n’ayant aucun lien entre eux.
Je pardonne aux trentenaires, qui sont endettés jusqu’au cou parce qu’on leur a fait croire que c’était ça le bonheur, et qui ont du mal à trouver ou à garder du travail : ils ont des enfants jeunes, ils ont peur.
Je pardonne aux anciens qui sont fatigués.
Mais je ne nous pardonne pas, à nous, ceux qui ont connu le plein emploi et le vent libertaire de 1968. Ceux qui ont eu accès à un enseignement qui tentait d’apprendre l’analyse et l’esprit critique, qui tentait de faire comprendre la naissance de l’esprit des lumières et la nécessité de lutter contre l’absolutisme. Ceux qui ont entendu leurs parents parler de l’oppression nazie et qui en ont connu les crimes. Ceux qui ont été dupes des idéologies marxistes et qui en sont revenus.

Nous, nous avons les éléments pour penser, nous ne sommes pas dans un tel danger patrimonial que les plus jeunes. Nous savons que la démocratie se mérite et qu’il faut exercer sa vigilance pour la conserver.

Alors quoi ?
Nous regardons trop la télé ? Nous aussi, nous avons désappris à réfléchir ?
Nous manquons de courage, ou nous sommes dupes?
Ou tout simplement vieux ?
Je suis désolé d’avoir tenté de vous réveiller, je ne faisais que passer.
Il est tard, dormez braves gens…

Affiche officielle de propagande du parti populiste UDC au pouvoir en Suisse : comme beaucoup de pays européens, la Confédération Helvétique pratique l’expulsion musclée des ressortissants clandestins, comme nous le livre cet article du Temps de Genève. L’opposition crie au scandale, mais ces charters meurtriers – hé oui, un Nigérian est mort su le tarmac – et dispendieux continuent… A suivre, bientôt, chez vous.

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