10 mai 2009 : a lire sur Mecanopolis

Pandémie A/H1N1 : un milliard de victimes d’ici juillet, selon le magazine New Scientist

Mecanopolis

Les mensonges répétés du
président mexicain Felipe Calderon n’y font rien : le virus A/H1N1
continue de se répandre sur la planète, à une vitesse tellement
exponentielle que le magazine New Scientist estimait hier soir que la
grippe porcine pourrait avoir contaminé un milliard d’individus d’ici
le mois de juillet (1). De toute évidence, la phase 6 du niveau
d’alerte de pandémie n’est retardée que dans le but de laisser
suffisamment de temps aux chancelleries pour organiser leurs plans de «
distanciation sociale ».

Mais ce n’est pas la seule mise en
garde du magazine New Scientist, pour qui le virus n’est manifestement
pas sensible aux températures estivales.

Les
données mexicaines montrent que les cas de pneumonies – une conséquence
du A/H1N1 quand il n’est pas soigné rapidement – ont bondi en avril, où
la température de Mexico-City oscille entre 15° et 26° Celsius, ce qui
est également la température moyenne à Londres en été.

Information complétée par une étude de
l’Université de Berkeley (2) qui indique que le A/H1N1 serait mortel
dans tous les cas lorsqu’il n’est pas traité par un anti-viral dans les
trois premiers jours. C’est sans doute la raison pour laquelle le
Mexique s’est fait livrer plus d’un million de doses de Tamiflu cette
semaine, en même temps qu’un retour à la « normale », qui sera assurément temporaire.

En outre, la grippe saisonnière tue
généralement les populations très jeunes et très âgées. Les premières
données concernant le AH1N1 montrent qu’un nombre disproportionné de
personnes entre 15 et 54 ans ont été hospitalisées pour une pneumonie
sévère en avril 2009 par rapport aux mêmes périodes sur les trois
dernières années au Mexique. Le même groupe d’âge avait été touchés de
manière disproportionnée, en 1918, et lors d’autres pandémies.

De fait, les malades traités dans les
hôpitaux reçoivent des doses massives d’oseltamivir (3), sous sa forme
injectable, de sorte a ce que l’on soit certain qu’ils puissent figurer
du bon côté des statistiques.

Malgré ces efforts de propagande, les «
cas » ont doublé aux États-Unis ces dernières vingt-quatre heures, et
aucun pays ne peut maintenant prétendre ne pas être touché.

Pandémie et Business

En réponse aux bonnes âmes qui
s’étaient offusquées quand Condoleezza Rice avait très vite défini le
tsunami de décembre 2004 comme une « merveilleuse opportunité » (« qui
nous a été d’un grand profit », avait-elle ajouté), il a été justement
remarqué qu’elle ne faisait qu’exprimer là, de façon certes un peu
cavalière, une réalité du capitalisme (cf. Naomi Klein, « The rise of disaster Capitalism
»). Il y avait cependant quelque naïveté à faire remonter la mise en
place de ce « capitalisme du désastre » – formule qui est en elle-même
un pléonasme – à la dévastation de l’Amérique centrale par le cyclone
Mitch en octobre 1998, et à principalement ranger sous cette rubrique
les opérations extérieures de l’administration américaine et de la
Banque mondiale, désormais planifiées pour préparer en même temps les
interventions militaires à venir et la reconstruction des pays qui
n’ont pas été encore détruits, car c’est universellement que le
déchaînement de calamités sans nombre, avec leur combinaison imprévues
et leurs accélérations brutales, ouvre un prodigieux chantier aux
trusts planétaires du capitalisme. En cela, le A/H1N1 est sans doute le
produit le plus avancé de la technologie marchande du XXIème siècle.

Ce sont les masses qui demandent à être dominées

N’en déplaise aux amateurs de critique
fiction mélodramatique et conspirative, cette pandémie ne permettra pas
des décrets de « lois martiales » ou autres bruits de bottes. Nos
sociétés sont depuis trop longtemps abatardisées et la manipulation
démocratique trop raffinée pour qu’ils soit encore nécessaire de faire
régner l’ordre par les armes, et nous aurions tort de penser selon le
vieux schéma : si les masses savaient, si on ne leur cachait pas la vérité, elles se révolteraient.
L’histoire moderne n’a pas été avare d’exemples contraires, illustrant
plutôt, chez les dites masses, une assez constante détermination à ne
pas se révolter en dépit de ce qu’elles savaient, et même – depuis les
camps d’extermination jusqu’à Tchernobyl – à ne pas savoir en dépit de
l’évidence, ou du moins à se comporter en dépit de tout comme si elles
ne savaient pas.

Les masses ont été trop longuement
entraînées aux sophismes de la résignation et aux consolations de
l’impuissance pour ne pas rester impavide devant la destruction du
monde qui se déroule devant eux. Tout démontre que l’identification
avec le mouvement et le conformisme absolu semblent avoir détruit
jusqu’à la faculté d’être atteint par l’expérience la plus directe.

L’artifice de la propagande consiste à
affirmer à la fois que l’avenir est l’objet d’un choix conscient, que
l’humanité pourrait faire collectivement, comme un seul homme, en toute
connaissance de cause une fois instruite par les experts est régi par
un implacable déterministe qui ramène le choix à celui de vivre ou de
périr ; c’est-à dire de vivre selon les directives des gouvernements ou
de périr parce que l’on sera resté sourd à leurs mises en garde. Un tel
choix se ramène donc à une contrainte qui règle le vieux problème de
savoir si les hommes aiment la servitude, puisque désormais ils sont
contraint de l’aimer. Selon Arendt, le problème de la domination totale
était de fabriquer quelque chose qui n’existe pas : à savoir une sorte
d’espèce humaine qui ressemble aux autres espèces animales et dont la
seule « liberté » consisterait à « conserver l’espèce » (Le Totalitarisme).
Sur la terre ravagée par une pandémie, ce programme cessera d’être une
théorie de la domination pour devenir une revendication des dominés.

Il n’y aura d’ailleurs bientôt plus
d’alternatives qu’entre la soumission et le pur nihilisme. Ceux qui
refuseront de se «responsabiliser» (porter un masque, se faire
vacciner, accepter une puce RFID pour permettre un meilleur dépistage,
plus rapide, etc), de participer avec zèle à la « gestion citoyenne »
de la crise et à l’embrigadement dans l’Union sacrée pour « sauver le
monde », peuvent s’attendre à être bientôt traités comme le sont en
temps de guerre les déserteur et le saboteurs. Car l’état de nécessité
et les pénuries qui vont s’accumuler pousseront d’abord à réclamer de
nouvelles formes d’asservissement, pour sauver ce qui peut l’être
encore de la survie garantie là où elle l’est encore quelque peu.

Cependant le rôle de l’imagination
théorique reste de discerner, dans un présent écrasé par la probabilité
du pire, les diverses possibilités qui n’en demeurent pas moins
ouvertes. Pris comme n’importe qui  à l’intérieur d’une réalité aussi
mouvante que violemment destructrice, nous nous gardons d’oublier ce
fait d’expérience que l’action de quelques individus, ou de groupes
humains très restreints, peut, avec un peu de chance, de rigueur, de
volonté, avoir des conséquences incalculables.

Mecanopolis

Notes :

1. Article de New Scientist

2. Article de l’Université de Berkeley

3. Documentation Tamiflu


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