Bonjour pouvez vous expliquer le licenciement de Mr. Jérôme Bourreau-Guggenheim ? (sur le forum de la chaîne)

   

                                                                                                                       (Merci à Failblog et Chimulus pour leurs contributions)

La réponse de TF1

Bonjour, 

Le
Groupe TF1 a toujours manifesté une position de soutien au projet de
loi " Création et Internet " HADOPI pour mettre en place un système de
réponse graduée contre le piratage.
TF1 est le seul groupe
audiovisuel à avoir engagé des procédures contre le piratage de ses
oeuvres et pour défendre la création et la production françaises ainsi
que les intérêts des ayants-droits.
C’est dans ce contexte  que les
prises de position particulièrement radicales exprimées publiquement à
plusieurs reprises, en cette qualité, par le Responsable du Pôle Innovation Web de TF1, ont conduit l’entreprise à se séparer de ce responsable pour deux raisons : 
– elles sont contraires aux déclarations officielles du groupe TF1, notoirement en faveur de cette loi,

elles sont incompatibles avec ses responsabilités au sein d’e-TF1,
filiale du groupe en charge, également, de la lutte contre le piratage
sur internet.

L’entreprise
déplore d’avoir été contrainte de mettre sur la place publique une
décision qui concerne l’un de ses collaborateurs dans une affaire
strictement interne.

 

Cordialement,

Emmanuel

L’équipe TF1 & VOUS



Bourreau "Albanel s’enlise" (Libération)
Par Gilles Klein le 09/05/2009

Qui,
au ministère de la Culture, a transmis le mail de Jérôme Bourreau à la
direction de TF1 ? demande Libération dans son édition du samedi 9 mai
2009.

"Christine Albanel (…) affirme n’avoir jamais contacté la direction de TF1». Peut-être pas
elle, non, mais quelqu’un de son cabinet assurément. Et TF1 l’admet
sans peine dans la lettre de licenciement de Jérôme Bourreau : «Cette
correspondance nous est parvenue via le cabinet du ministre de la
Culture qui l’a adressée le jour même à la société TF1.»
"

"La chaîne qui a, elle aussi, pondu un communiqué pour justifier le
licenciement de Jérôme Bourreau, expliquant que ses prises de position
anti-Hadopi «particulièrement radicales, exprimées publiquement à
plusieurs reprises» étaient «contraires aux déclarations officielles du
groupe TF1, notoirement en faveur de cette loi». Sauf que, de traces de
déclarations «officielles» de TF1 en faveur d’Hadopi, il n’y a point.
"

"Interpellée par Patrick Bloche (PS) et Martine Billard (Verts),
laquelle demande une enquête interne au ministère, une Christine
Albanel un peu pâlotte a redit n’avoir «demandé la tête de personne, ça
ne me viendrait pas à l’idée de le faire, d’ailleurs ce n’est pas dans
ma nature». Avant de légèrement nuancer ses propos : «A ma
connaissance, rien n’a été transmis.» L’ombre d’un doute? Christine
Albanel a refusé de répondre aux questions de Libération.
"

 

L’occasion de lire notre observatoire Sites, blogs et internautes défendent "le premier martyr de l’Hadopi", licencié par TF1


http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=1935

"L’internet n’existe pas !" lançais-je l’autre jour dans une grande envolée à Alain Finkielkraut sur le plateau d’une de nos dernières émissions.
Ce que je voulais dire, bien entendu, de manière provocatrice, c’est
qu’il est absurde d’inclure dans le même raisonnement le blog
individuel et le site de presse employant trente journalistes, de la
même manière qu’il n’y a pas grand chose de commun entre Closer et Le
Monde Diplomatique.

Ce qui se passe sur le Web, depuis deux jours, semble démentir cette
belle formule. Internet n’existe peut-être pas, mais il a en tout cas
des réflexes communs, dont l’affaire Bourreau-Guggenheim nous offre une
illustration spectaculaire. Blogueurs, internautes, trolls de forums,
chroniqueurs des grands sites de presse : toute la République de la
Toile, avec ses prêtres et son tiers Etat, est en quasi-insurrection,
soulevée par une réprobation unanime, instinctive, devant la
mésaventure du cadre de TF1, licencié pour avoir envoyé un mail
anti-Hadopi à sa députée. Et qu’on y voie en première ligne les sites
de presse (ainsi notre confrère de L’Obs, Claude Soula, appelant quasiment à la démission d’Albanel,
en rupture totale avec la position du patron de son journal, Denis
Olivennes, ancien patron de la FNAC), n’est pas un hasard : sur tout ce
qui touche à Internet, ces sites font entendre une musique différente
de celle de la maison mère. Ajoutons à celà le relâchement d’un
week-end prolongé, pendant lequel les grands patrons ont la tête
ailleurs : les choses rentreront peut-être dans l’ordre lundi. Ou
peut-être pas.

Les circonstances exactes de l’affaire restent à établir. Il est peu
probable qu’Albanel ait donné l’ordre d’envoyer le mail à TF1, en
exigeant une sanction contre le dissident. Mais elle est responsable de
son cabinet, et serait bien avisée de faire le ménage tout de suite.
Quant à TF1, l’affaire confirme ce que disent les rumeurs (et les
chiffres): le paquebot prend l’eau, et ça panique sec dans la cabine de
pilotage. Résultat de l’opération, à ce jour : hadopi était jusqu’ici
un combat
d’intérêts, et de principe. Ce combat a désormais un martyr. C’est une
très mauvaise nouvelle pour le gouvernement.

Car il y a le feu. Cette affaire a tout pour devenir emblématique,
tant chacun de ses acteurs semble conforme à sa caricature, et tant
elle porte atteinte à des valeurs qui rassemblent les internautes : une
bavure non assumée du politique en plein débat à hauts risques à
l’Assemblée, la crispation d’un média à beaucoup de titres repoussoir,
une atteinte scandaleuse aux libertés individuelles, et une victime
parfaitement identifiée, seulement coupable d’avoir des opinions, et de
les avoir exprimées à son élue, comme c’est son devoir de citoyen. A
l’heure où nous écrivons, il n’est pas exclus que l’affaire ait la peau
d’Albanel, voire d’Hadopi. Attendons.

En conclusion, un mot sur le fond. Hadopi est certes une mauvaise
loi. Pour plusieurs raisons. Parce qu’elle risque de placer la France en infraction avec la réglementation européenne.
Parce qu’elle est injuste (et les allers et retours, entre Sénat et
Assemblée, sur la "double peine", c’est à dire l’obligation pour les
internautes auxquels on aura coupé l’abonnement de continuer à payer
cet abonnement), montrent bien l’embarras du législateur. Parce qu’elle
risque d’être inefficace (et l’affaire Bourreau-Guggenheim, avec ses
mails balladeurs, en illustre les risques de bavures). Mais elle n’est
pas une mauvaise loi dans ses intentions. Oui, les internautes se sont
intoxiqués à la gratuité universelle, et ce n’est pas ici, sur un site
qui a fait le pari de vivre de ses seuls abonnements, que nous dirons
le contraire. Non, la gratuité universelle n’est pas une solution.
C’est un leurre. La musique ou le cinéma ne sont pas plus gratuits que
le pain ou le vin. Oui, une solution reste à trouver, qui permette une
navigation sans entraves, et ménage les intérêts économiques des
producteurs (de musique, de cinéma, comme d’information). On reste
confondu, que l’opposition n’ait pas affiné ses propositions, en
matière de faisabilité de la licence globale, par exemple. En un mot, hadopi enterrée, d’une manière ou d’une autre, le problème restera entier.

Par Daniel Schneidermann le 09/05/2009


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