Je reprends ici un article relatant un entretien qu’avait fait Thierry Meyssan au Réseau Voltaire , juste après son exil forcé au Liban, dont les raisons sont expliquées dans l’article.

Je tiens à lier cet article à l’affaire actuelle qui occupe le site AlterInfo.net, dont le directeur de publication fait l’objet de poursuites non fondées d’antisémitisme et d’incitation à la haine raciale. Le compte-rendu de l’audience houleuse vous donne une idée de l’état dans lequel se trouve la Justice française quand on défend des idées anti-sionistes.



Si, après cette lecture, vous voyez encore le gouvernement français, son représentant devant les autres nations, de même que les médias français sous le même jour, c’est que, soit vous êtes aveugles ou menacés de l’être, soit vous cautionnez les actions de ceux qui ont intérêt à ce que cet état de dictature des esprits ne perdure.

Vous voilà avertis.




Article original : http://www.voltairenet.org/article158181.html

Le Réseau Voltaire est une association à but non lucratif
française, fondée en 1994 au Parlement européen. Selon ses statuts, son
but est « la promotion de la Liberté et de la Laïcité. Il œuvre à
l’émancipation des individus face aux dogmes et aux empires. ».
Ses principaux dirigeants sont Thierry Meyssan (France, Président), Issa El-Ayoubi (Liban, vice-président), Sandro Cruz (Pérou, vice-président), Jean-Claude Ramos (secrétaire général) et Bernard Célérier (trésorier).

Le Réseau Voltaire édite un site internet multilingue qui rassemble des
agences de presse et des journaux d’Amérique latine, d’Europe et du
Monde arabe. Encyclopédie Wikipedia


Entretien avec un dissident français contraint à l’exil
Thierry Meyssan : « Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir »

La
fermeture des bureaux français du Réseau Voltaire et l’exil de son
président suscitent bien des interrogations. Certains commentateurs y
ont vu la fin d’une aventure ; d’autres au contraire, observant que ces
décisions n’ont pas diminué la combativité du Réseau, ont essayé de
savoir ce qui les avait motivées. Thierry Meyssan s’en explique ici. Il
décrit une France, placée sous le contrôle des services états-uniens,
où une opinion publique anesthésiée n’a pas conscience du contrôle
politique. À ses yeux, il y avait péril en la demeure et la menace qui
l’a contraint à partir ne tardera pas à s’exercer sur d’autres.



Vous avez quitté la France il y a un an, en septembre 2007. Vous
n’êtes pas n’importe quel expatrié : vous êtes connu dans le monde
entier comme l’initiateur du mouvement de contestation de la version
gouvernementale des attentats du 11 septembre, le leader d’un mouvement
anti-impérialiste, et dans certains pays vous êtes présenté comme le
principal dissident occidental. Pourquoi avez-vous été contraint à
l’exil ?

Thierry Meyssan : En décembre 2002, le secrétaire
US à la Défense Donald Rumsfeld a signé la directive 3600.1 visant à
discréditer ou à éliminer des personnalités françaises qui s’opposaient
à la Guerre globale au terrorisme [1].
Cette liste comprenait en premier chef Jacques Chirac, puis de grands
industriels, j’y figurais en plus à cause de mon travail sur le
11-Septembre.

On était trois mois avant l’invasion de l’Irak. C’était l’époque de
l’hystérie anti-française à Washington. Les services secrets français
ont été informés que des assassinats avaient été sous-traités par le
Pentagone au Mossad et m’ont mis en garde. Mes amis et moi, nous avons
cherché à prendre contact avec les autres cibles. Un des
administrateurs du Réseau Voltaire, était un ancien ami de l’une de ces
personnalités. Nous avons pris rendez-vous avec elle, début mars, mais
elle est décédée quelques jours avant le rendez-vous, dans des
circonstances qui ont été qualifiées de très suspectes par les
enquêteurs.

L’État a alors réagi. Le président Chirac a joint par téléphone le
Premier ministre israélien et l’a prévenu que toute action entreprise
non seulement sur le territoire français, mais n’importe où dans
l’Union européenne, serait considérée comme un acte hostile envers la
France. À chacun de mes déplacements hors de l’Union européenne, les
services français joignaient leur homologues locaux pour leur demander
de veiller à ma protection.

Je savais qui est Nicolas Sarkozy [2]
et je me doutais bien que les choses changeraient avec son élection.
Lorsque je suis rentré de voyage pour voter, le 6 mai 2007, j’ai été
arrêté devant les autres passagers à la sortie de l’avion à Orly. Après
m’avoir fait poireauter avec des clandestins et des trafiquants de
toutes sortes, un officier de la DST m’a laissé sortir en me disant :
« Bienvenue au pays M. Meyssan, un pays qui va bientôt changer,
beaucoup changer ». Le soir Sarkozy était élu. Quelques jours plus
tard, il était à l’Élysée et commençait la purge.

Pendant l’été, Nicolas Sarkozy s’est rendu en famille aux
États-Unis. Il était accompagné de nombreux collaborateurs qui
suivaient son avion de ligne dans un avion officiel. Ils ont eu des
entretiens avec l’Administration Bush sur toute une série de sujets,
graves ou futiles. J’ai été informé que les États-Uniens avaient
demandé que des mesures soient prises pour me neutraliser en
application des Décrets présidentiels US 13438 et 13441 [3]. J’ai cru au début que ces décrets étaient fondés sur le Patriot Act
et je ne voyais pas comment ils pouvaient trouver une application en
droit français. Je me disais que les atlantistes finiraient bien par
inventer un biais juridique et que je devais songer à prendre le large,
mais je croyais avoir beaucoup de temps devant moi. Il s’est avéré que
ces décrets se fondaient sur le Trading with the Enemy Act de
1917 et ses développements ultérieurs. En d’autres termes, j’étais
désormais considéré comme une menace pour la sécurité des États-Unis.
Le Pentagone, qui fait jouer la clause 5 du Traité OTAN depuis les
attentats de 2001, a demandé l’assistance automatique de ses alliés.
Bref, tous les services secrets des États membres de l’Alliance
atlantique pouvaient être sollicités pour me neutraliser. J’ai été
informé que quelque chose se tramait contre moi. J’ai fait mes valises
et j’ai quitté la France deux jours plus tard.

Au demeurant, le danger ne se limite pas aux pays de l’OTAN. Une
opération a été organisée contre moi en décembre 2007 à Caracas, qui a
été déjouée par la police vénézuélienne. En août 2008, j’ai dû annuler
ma participation à une conférence internationale en Autriche après
avoir été avisé par un État ami qu’une opération avait été préparée
contre moi.

En outre, des pressions sont exercées contre mes compagnons de lutte
au Proche-Orient, en Amérique latine et dans d’autres États européens.
Je ne peux vous en faire la liste sans compliquer les problèmes. Jürgen
Cain Kulbel a été brièvement incarcéré en Allemagne et pourrait l’être
à nouveau. Techniquement, le seul fait retenu contre lui par le
tribunal est le lien qu’il avait installé sur son site web pointant sur
celui du Réseau Voltaire [4].

Avez-vous des preuves que vous êtes réellement en danger — comme vous le dites — en France et dans les pays de l’OTAN ?

Thierry Meyssan : Non, les listes US sont secrètes,
sauf en ce qui concerne les avoirs financiers bloqués aux USA, mais je
n’en ai pas. Mais j’ai des témoins de plusieurs contacts.

La France est une démocratie et est considérée comme la patrie
des droits de l’homme. Ce n’est pas le Chili sous la dictature de
Pinochet. Que vous ayez dû la quitter n’est-il pas tout simplement
incompréhensible, en particulier pour les citoyens français ?

Thierry Meyssan : Ces situations ne sont pas
comparables. Au Chili, les États-Unis avaient installé une dictature
militaire. En France, ils disposent juste d’agents au sommet de l’État
et à la tête des différents services de sécurité. Mes concitoyens
devraient être plus attentifs à la répression actuelle qui frappe à la
fois des hommes politiques de premier plan, de hauts fonctionnaires et
des journalistes. L’équipe de Nicolas Sarkozy s’appuie sur quelques
magistrats dévoyés pour paralyser ses adversaires politiques et abuse
de son pouvoir et de son influence pour virer les journalistes qui
refusent de se courber.

Regardez d’abord la prise de contrôle des médias. Sarkozy a placé
les siens à la tête des médias privés et purge les médias publics. Il y
a un an, les syndicats de journalistes ont appelé l’opinion publique au
secours [5].
Ils affirmaient qu’il devenait impossible d’enquêter sur Nicolas
Sarkozy et de relater les critiques populaires dont il fait l’objet.
Ils s’inquiétaient de perdre la liberté de s’exprimer en étant pris en
tenaille entre d’une part des juges qui violaient le secret des
sources, et d’autre part, des patrons de presse directement liés à
l’Élysée. Personne ne les a cru et maintenant, c’est trop tard. Tout
est verrouillé.

Des exemples ? L’équipe du président s’est installée à TF1 et une de ses anciennes maîtresses y présente le JT [6].
Les médias étrangers se sont gaussés de cette affaire, mais les médias
français qui l’ont évoquée ont été condamnés pour « atteinte à la vie
privée ». C’est un invraisemblable détournement de la loi de 1881 sur
la presse. Désormais, la corruption et le népotisme, lorsqu’ils
concernent l’équipe Sarkozy, sont des sujets tabous. Les aborder, vous
conduit directement en correctionnelle.

Sarkozy a corrompu publiquement une dizaine d’éditorialistes en leur offrant des prébendes [7].
Certains ont été engagés dans des cabinets ministériels, voire à
l’Élysée, d’autres ont été nommés dans des commissions bidon, où,
réduits à l’état de courtisans, ils bénéficient des fastes de la
République. Louis XIV tenait la noblesse en l’occupant à Versailles,
Sarkozy distrait les éditorialistes qui devraient analyser sa politique
en les occupant à des mondanités et en leur faisant rédiger des
rapports qu’il ne lit pas.

Pendant ce temps, les époux Kouchner-Ockrent licencient à RFI et
France24 tous ceux qui résistent à l’influence US. Après Richard
Labévière [8],
un rédacteur en chef réputé qui avait le défaut de donner la parole aux
anti-atlantistes, le dernier en date est Grégoire Deniau pour avoir
organisé un débat sur le 11-Septembre en invitant en première partie
Issa El-Ayoubi, vice-président du Réseau Voltaire, et en seconde partie
Atmoh, porte-parole de ReOpen911.

Le problème, ce ne sont pas les journalistes. Il y en a de
remarquables en France. Ce sont les médias. Ils sont déjà sous contrôle
et la fonction de contre-pouvoir n’est plus assurée.

Par ailleurs, lorsque le grand public entend parler d’une affaire
pénale qui touche une personnalité, il n’y voit qu’un cas particulier.
Mais si l’on met en perspective tous ces cas particuliers, on voit bien
qu’ils traduisent une stratégie.

Sur plainte personnelle de Nicolas Sarkozy, des juges d’instruction
ont interdit de voyager à l’ancien Premier ministre, Dominique de
Villepin, et l’ont astreint à payer une caution démesurée et
humiliante. Bien que ne disposant d’aucun élément concret à charge, le
procureur vient de le renvoyer en correctionnelle. L’affaire
Clearstream offre certes à Sarkozy un moyen d’éliminer un rival
politique, mais il ne l’a pas pour autant organisée. C’est une
machination montée de toutes pièces par son beau-père, l’ambassadeur
Frank Wisner
, via une de ses officines londoniennes, Hakluyt & Co [9].
Le but est d’envoyer Villepin en prison pour que nul n’ignore qu’on ne
défie pas impunément le secrétaire d’État des États-Unis au Conseil de
sécurité de l’ONU.

Des magistrats ont perquisitionné le domicile de l’ancien directeur
des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour lui extorquer les
secrets des chiraquiens.
Et ces jours-ci, des documents saisis sont
miraculeusement arrivés dans des rédactions parisiennes. Des
hebdomadaires proches du pouvoir en ont publié des extraits. Il semble
que l’on cherche à faire passer des documents de travail, énonçant des
hypothèses, pour des rapports finaux, présentant des conclusions. Et
que l’on cherche à faire croire que les RG persécutaient les seuls
socialistes. C’est de la manipulation pure et simple. Chaque fois que
l’on est dans l’opposition, on doit se protéger de cette police
politique, et chaque fois que l’on est au pouvoir, on fait des pieds et
des mains pour se procurer des copies de ses notes. Le pouvoir exerce
une pression incroyable sur ce fonctionnaire pour le faire craquer.
C’est bien hypocrite. Car dans le même temps, au lieu de dissoudre
enfin les RG, on les a réorganisés et on a augmenté leurs moyens en les
fondant dans une administration plus opaque encore.

Jusqu’au capitaine Paul Barril qu’ils ont mis en prison pour lui
arracher les secrets de Mitterrand. Ils l’ont accusé d’être un tueur à
gage et l’ont si maltraité qu’il a dû être hospitalisé, avant d’être
relâché sous caution. À ce propos, permettez moi une digression sur le
génocide rwandais. Barril s’est défendu des attaques portées contre lui
à ce sujet en mettant en cause le président Kagamé. Celui-ci a alors
commandité un rapport sur l’implication française dans ce drame
historique. À le lire, on comprend que les officiers supérieurs
français, François Mitterrand et tout son cabinet, et le gouvernement
de cohabitation dans son ensemble seraient tous responsables du
génocide… sauf, bien sûr le ministre du Budget et porte-parole du
gouvernement de l’époque, Saint Nicolas Sarkozy. C’est stupide. Il y a
à l’évidence des responsabilités françaises, mais certainement pas de
culpabilité collective. Et au demeurant, il est impossible de
comprendre et de juger ce crime, qui fit plus de 800 000 morts, sans le
replacer dans son contexte et juger aussi les guerres des Grands Lacs
qui firent au total plus de 6 millions de morts et dont les
responsables ne sont pas à chercher à Paris, mais à Washington et
Tel-Aviv.

Maintenant, les atlantistes montent une affaire contre Jacques
Chirac qu’ils accusent d’avoir organisé, il y a dix ans, l’assassinat
d’un journaliste qui aurait mis son nez dans ses comptes bancaires à
l’étranger. Le pouvoir déploie des moyens extravagants pour construire
cette nouvelle machination. Ainsi, un juge d’instruction a procédé à
une perquisition au cabinet de l’avocat de Chirac dans des conditions
plus que douteuses. Mais à Washington, on n’a pas pardonné à Chirac de
s’être opposé à l’invasion de l’Irak et on inventera n’importe quoi
pour le faire tomber.

Je ne dis pas que tous ces gens sont des anges, mais ce dont on les
accuse est grotesque et ressort exclusivement de la persécution
politique. Je ne dis pas non plus que la Justice est pourrie, mais que
ces affaires ont été confiées à des juges et à des procureurs qui sont
aux ordres.

Quand à ceux que les atlantistes ne peuvent impliquer dans de
pseudo-affaires pénales, ils les espionnent. En juin-juillet-août 2007,
le bureau du Réseau Voltaire à Paris a été placé sous surveillance.
Toute personne entrante ou sortante a été photographiée, des filatures
nécessitant un important personnel ont été conduites pour identifier
les uns et les autres. Ce traitement est général. Même le domicile de
Ségolène Royal a été « visité » plusieurs fois par les services
secrets, c’est-à-dire illégalement perquisitionné.

Depuis le 1er juillet 2008, la nouvelle Direction centrale du
renseignement intérieur met en place dans l’urgence le fichier EDVIGE,
en violation des Traités internationaux, notamment du Pacte de l’ONU
sur les droits civils et politiques. Elle fiche les origines raciales
ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses,
l’appartenance syndicale, l’état de santé et les pratiques sexuelles de
tous les Français. La DCRI n’en reste pas là, elle utilise les
dernières techniques US d’étude des « réseaux sociaux » pour
cartographier vos relations amicales, professionnelles et politiques.
On ne vise plus simplement des individus, mais les milieux dans
lesquels ils évoluent, les groupes auxquels ils participent. Un recours
a été engagé en Conseil d’État par le SM, la LDH, le SAF, des
associations gays et des syndicats, qui débouchera peut-être sur
l’annulation du décret en décembre. Nicolas Sarkozy a endormi l’opinion
publique en déclarant lui-même qu’il fallait revoir le décret, mais il
ne l’a pas abrogé.

En attendant, pendant ces six mois, on collecte et informatise des
données. Une affaire survenue dans le Rhône a révélé que, malgré les
déclarations lénifiantes du président, la police du Rhône fichait la
religion des fonctionnaires territoriaux. C’est une maladresse qui
révèle l’ampleur du travail de renseignement en cours. Il est
improbable que ces données soient jamais détruites, même si le juge
administratif le requiert. Elles seront simplement intégrées au fichier
CRISTINA et classées Secret-Défense. En définitive, on aura utilisé les
moyens des ex-Renseignements généraux pour constituer un fichier au
profit de l’ex-DST, qui est sensée ne s’occuper que de
contre-espionnage. Puis, dans le cadre de la prétendue coopération
anti-terroriste, ces données politiques seront transmises aux services
états-uniens, car CRISTINA est conçu pour être compatible avec les
fichiers US.

Cela vous étonne ? Mais déjà bien des données individuelles sont
transmises aux USA en violation des lois françaises et des conventions
européennes. C’est vrai pour tout ce qui concerne vos virements
bancaires internationaux [10] ou vos déplacements aériens [11].

La France a déjà basculé dans une forme de régime autoritaire sous
tutelle US. On dit qu’une grenouille plongée dans de l’eau tiède que
l’on porte lentement à ébullition ne réagit pas au changement
progressif de température, qu’elle s’engourdit et meurt. Les Français
se comportent de la même manière. Ils tolèrent la destruction
progressive de leurs libertés. Ils ont déjà largement dépassé le seuil
du tolérable et ne réagissent pas, ne réagissent plus.

Sous l’égide des États-Unis, les dictatures d’Amérique latine
avaient mis en place dans les années 70 un système de persécution des
opposants politiques appelé Plan Condor. Vous avez écrit que ce système
a été réactivé et étendu dans le monde à travers l’OTAN. La comparaison
n’est-elle pas exagérée ?

Thierry Meyssan : Ce n’est pas une comparaison. C’est une constatation [12]. Elle a été confirmée par de des rapports officiels au Parlement européen et au Conseil de l’Europe [13]. Les États-Unis ont étendu à l’Europe occidentale les méthodes qu’ils avaient utilisé il y a quarante ans en Amérique latine [14]. Une internationale de la répression est déjà à l’œuvre [15].
Des centaines de personnes ont été enlevées sur le territoire de
l’Union européenne, exfiltrées et torturées. Jacques Chirac a protégé
notre pays de ces crimes ; il n’en est plus de même aujourd’hui. Le
premier cas identifié est celui de Mohammad As-Siddik, disparu en plein
Paris le 13 mars dernier alors que la France devait le présenter à une
juridiction de l’ONU [16], mais il doit y en avoir déjà beaucoup d’autres.

Plus de 80 000 personnes ont transité au cours des sept dernières
années dans les prisons secrètes de la CIA et de la Navy. 26 000 sont
actuellement séquestrées [17].

Les exemples sont nombreux de personnes sur lesquelles planait la
menace d’un assassinat et qui ont été retrouvées mortes d’une autre
manière : suicide, crise cardiaque, accident… Voulez-vous vous
suicider ? Avez-vous des problèmes de santé ? Prenez-vous des risques
dans vos déplacements ?

Thierry Meyssan : Je ne suis pas dépressif et n’ai
aucune inclination suicidaire. J’ai fait faire des examens de santé et
n’ai aucune maladie susceptible de provoquer une mort subite. Je fais
attention dans mes transports et ne me déplace jamais seul.

Lorsque les menaces ont commencé à se concrétiser, avez-vous été
soutenu en France ? Des organisations politiques vous ont-elles aidé ?
Les autres journalistes vous ont-ils défendu ?

Thierry Meyssan : Aucune organisation ne m’a aidé.
La plupart de mes « confrères » journalistes ont fuit la difficulté.
Reniant la tradition voltairienne de la presse, ils ont prétexté ne pas
vouloir se prononcer sur les polémiques entretenues contre moi pour ne
pas voir ce qui était en train de se passer. C’est l’excuse classique
des lâches chaque fois que la liberté est en question. Certains
cependant m’ont aidé et je ne vais pas les dénoncer. Pareil parmi les
politiques et les militaires.

Non seulement, ceux qui auraient dû me défendre ne l’ont pas fait,
mais des gens ordinaires qui n’ont rien à voir avec tout cela ont prêté
leur concours à une surveillance illégale. La banque qu’utilisait le
Réseau Voltaire (en l’occurrence l’agence Gare de l’Est du Crédit
coopératif) nous a convoqué pour nous demander de révéler le nom de nos
principaux donateurs, ce qu’évidemment nous avons refusé de faire. Nous
avons alors clôturé notre compte et ouvert une autre structure hors de
la zone OTAN. Mais cette procédure illégale a été étendue à mes proches
et à mes compagnons de lutte. Lorsque l’un d’entre eux encaisse sur son
compte un versement ou un virement de plus de 500 euros , il est joint
par son banquier qui lui demande d’en justifier la provenance. Pour
n’importe qui, c’est étouffant, pour un commerçant ou un travailleur
indépendant, c’est du harcèlement.

Vous avez quitté la France alors qu’elle évolue – dites-vous –
vers un régime répressif. Avez-vous abandonné votre pays ? Avez-vous
abandonné le combat politique ?

Thierry Meyssan : Certainement pas. C’est
l’inverse. J’ai quitté la France pour poursuivre mon combat. Les
États-Unis ont tenté différentes approches contre moi : d’abord me
discréditer, puis me ruiner, puis me corrompre, enfin m’éliminer. Si
j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir. C’est parce que j’aime la
France et l’idéal qu’elle porte que je suis parti.

Ma situation semble exceptionnelle. C’est faux. Je suis simplement le premier à qui cela arrive. Il y en aura d’autres.

Votre pays vous manque-t-il ? Voulez-vous y retourner ?

Thierry Meyssan : Des amis m’entourent ici, mais la
France est ma patrie. J’y ai laissé les miens. Comment voulez-vous
qu’elle ne me manque pas ?

Entretien réalisé à Beyrouth. Notes ajoutées à la relecture.


[1] « Rumsfeld cible la France et l’Allemagne », Réseau Voltaire, 2 janvier 2003.

[2] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Réseau Voltaire, 19 juillet 2008.

[3] Presidential Executive Order 13438 : Blocking Property of Certain Persons Who Threaten Stabilization Efforts in Iraq, signé par George W. Bush le 17 juillet 2007, et Presidential
Executive Order 13441 : Blocking Property of Persons Undermining the
Sovereignty of Lebanon or Its Democratic Processes and Institutions
, signé le 1er août 2007.

[4] « Un collaborateur du Réseau Voltaire incarcéré à Berlin », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.

[5] « Nicolas Sarkozy étouffe les journalistes français », Réseau Voltaire, 24 septembre 2007.

[6] « La sarkozysation de l’audiovisuel français », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.

[7] « Nicolas Sarkozy corrompt publiquement de grands éditorialistes », Réseau Voltaire, 4 octobre 2007.

[8] « Pourquoi les époux Kouchner veulent-ils la tête de Richard Labévière ? », Réseau Voltaire, 29 août 2008

[9] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Ibid.

[10] « Les transactions financières internationales sous contrôle états-unien », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 28 avril 2008.

[11] « L’espace aérien sous contrôle impérial », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 13 octobre 2007.

[12] « L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA », par Ossama Lotfy, Réseau Voltaire, 24 avril 2007.

[13] Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe ? Rapport de Dick Marty au Conseil de l’Europe, 12 juin 2006.

[14] « Faut-il combattre la tyrannie avec les instruments des tyrans ? », par Dick Marty, Réseau Voltaire, 22 mars 2007.

[15] « Les lois anti-terroristes. Un Acte constitutif de l’Empire » et « Les populations sous surveillance », entretiens de Jean-Claude Paye avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 12 septembre 2007 et 15 février 2008.

[16] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.

[17] « 17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo »,

Réseau Voltaire, 3 juin 2008.

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