Témoignage de Sadi Sainton, étudiant à l’Université Antilles Guyane en Guadeloupe

vendredi 27 février 2009, par jesusparis

        

Je vous envoie ce mail un peu long,
certes, mais je voudrais vous dire deux ou trois choses, que vous ne
voyez pas trop dans les JT de canal+, France Télévision, TF1, M6,
LCI… à propos de la grève en Guadeloupe puisque je la vis de
l’intérieur. J’espère sincèrement que vous prendrez le temps de lire
ces quelques lignes. Lisez tout, si vous le pouvez. Et une partie si
c’est trop long. Je tiens au paragraphe en violet car c’est cette
question qui m’a poussé à écrire un si long mail, mais je crois que
tout comporte son intérêt…

Pourquoi ? Parce que j’imagine que vous
entendez comme tout le monde les infos et que je les trouve très
partielles (et partiales). Parce que je pense qu’il peut y avoir
méprise. Vous pouvez diffuser à votre guise au sein de PMP6.

N.B : Je soutiens cette grève. Ce mail
comporte donc une dose de subjectivité, mais je ne fais ni dans la
propagande, ni dans le mensonge. Je reste objectif sur des faits dont
vous n’entendez probablement pas parler.

Let’s go !

En effet, la Guadeloupe connaît depuis
bientôt 4 semaines une grève générale contre les profits abusifs (de
grâce, cessez de parler de grève contre la vie chère car il ne s’agit
pas tout à fait de cela).
Je vais simplement, sans organisation donner quelques faits (j’écris à
mesure que ça vient et je m’excuse d’avance des fautes d’orthographe
que ma vigilance laissera passer).

Une grève contre la vie chère ? Non. Pas vraiment

Le collectif qui mène la grève est un
ensemble de 49 associations syndicales, politiques, associations de
consommateurs et associations culturelles. Elle a déposé (un mois avant
le début de la grève générale, et personne n’a jugé bon de s’en
préoccuper) un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres.
Parmi ces chapitres, un (un seul !) concerne la vie chère.

Mais alors qu’est-ce que cette grève ?

Le collectif à l’initiative de cette
grève s’appelle "LKP" : Lyannaj kont pwofitasyon (C’est du créole).
Traduction "alliance contre le vol et les profits abusifs". C’est une
mobilisation sans précédant. Le LKP parle de 100 000 personnes dans les
rues (sur une population de 460 000, soit près du quart de la
population). Au delà de la bataille des chiffres, une chose est sure :
c’est historique. C’est la plus grande mobilisation de l’histoire de la
Guadeloupe et chaque sortie du LKP crée un nouveau record. Depuis une
semaine, la Martinique emboîte le pas, la réunion depuis deux jours, et
la Guyane s’y prépare.

Qu’est-ce que la "pwofitasyon" ?

Surtout, ne pas traduire par "profit"
(c’est un faux amis).
La "pwofitasyon", ici peut se traduire comme je viens de dire par
"profits abusifs". Dans le langage courant, "pwofitasyon" désigne
l’abus de pouvoir qu’un puissant exerce sur quelqu’un dont il sait déjà
qu’il est plus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné.
L’exemple type, est celui des enfants dans la cours de récréation d’une
école primaire. Les "grands" de CM2 peuvent exercer dans la cours des
"pwofitasyon" sur les "petits" de CP, qui n’auront que leurs yeux pour
pleurer. (N’est-ce pas mignon, notre cher et tendre enfance ?)

Les domaines de "pwofitasyon" sont multiples chez nous

Le constat est le suivant. En
Guadeloupe, les prix sont beaucoup plus élevés qu’en France et donc
parmi les plus élevés d’Europe et du monde. On constate (pour les mêmes
enseignes et les mêmes produits) des écarts de plus de 100% que
l’éloignement (il faut bien payer le transport) n’explique pas
(exemple : 84% sur les pâtes alimentaires). Selon tous les experts,
après analyse de la chaîne, de la production au caddie du consommateur,
en passant par le transport, le surcoût par rapport à l’hexagone ne
devrait pas dépasser 10%. Les différences de prix constatées
ressemblent donc fortement à…. du vol organisé.

Quelques exemples de "pwofitasyon" dénoncés par le LKP :

 L’essence
que payaient les guadeloupéens était l’une des plus chère au monde. Il
y a une crise internationale qui a fait exploser le cours du pétrole,
certes, mais cela n’explique absolument pas le cours des prix en
Guadeloupe (dans les DOM de manière générale). Aujourd’hui qu’un début
de lumière commence à être fait sur la question, plus personne ne le
conteste.

 Le
LKP a présenté à l’état son expertise des méthodes de fixation des
prix, résultat : tout le monde est d’accord sur le constat qui consiste
à dire que les prix sont anormaux (même ceux qui sont contre la grève
générale comme forme choisie pour le dénoncer). Le secrétaire d’état
aux DOM, monsieur Yves Jego envisage même une action en justice de
l’Etat contre la SARA (Société Anonyme de Raffinage Antillaise) dont
l’actionnaire principal (70%) est TOTAL. Vous m’accorderez sans doute
que ce ne sont pas des nécessiteux. Et Jego (lui même), a dit que si
après enquête, il est démontré que la SARA a perçu des sommes indues
(ce sera probablement le cas), cette somme devra être remise aux
guadeloupéens sous la forme d’un fond pour la formation
professionnelle. [1]

 Quant
aux prix de la grande distribution… une des pistes est de créer "un
panier de la ménagère" constitué d’environ 100 produits sur lesquels la
grande distributions n’aurait plus le droit de dépasser les prix de
l’hexagone de plus de 10%, avec la création d’un organe bi-mensuel de
contrôle des prix pour éviter de nouvelles dérives. Les géants de la
distribution sont en situation de quasi monopole. Il s’agit
principalement du groupe Hayot (Bernard Hayot est dans le top 120 des
fortunes françaises). En plus ils détiennent l’importation et ont le
monopole de la distribution sur plusieurs grandes marques. Pour
accentuer le problème, les quelques concurrents existants sont des
groupes amis (cousins, alliancés…) puisque ce circuit est aux mains
d’une ethno-classe compacte et réduite [2]

 Autre
détail intéressant. Parmi les revendications sur le coût de la vie, il
y a la baisse des tarifs des prestations bancaires. Et que s’est-il
passé ? Dès que les banques en Guadeloupe (pourtant les mêmes que dans
l’hexagone) ont pris connaissance des revendications les concernant,
avant même que cette question ait été négociée, les banques ont adopté
une baisse de leurs tarifs !! Permettez moi de penser que ça signifie
que les tarifs étaient effectivement abusifs.

Le reste des revendications ?

Elles traversent TOUS les domaines de
la société. Vraiment tout. Les 9 autres chapitres : Education,
Formation professionnelle, Emploi, Droits syndicaux et liberté
syndicales, Services publics, Aménagement du territoire et
infrastructures, Culture, et enfin "pwofitasyon" (il s’agit de réclamer
des mesures pour contrôler désormais les prix). J’appelle ça un
mouvement sociétal. Si certains persistent à parler de vie chère…je
n’y peux rien. C’est un véritable cahier de Doléances. Il parcourt
l’ensemble des domaines de la société.

Rappelons que ces revendications sont
au nombre de 146 et que le LKP a défini parmi ces 146, 19 à négocier
immédiatement, puis d’autres qui demandent des réponses plus purement
politiques voire institutionnelles, qui devront être débattues à long
et moyen terme.

Je peux, si vous le souhaitez, vous envoyer ce cahier de revendications.

Mais alors… Pourquoi ne parle-t-on que de ces foutus 200€ que le LKP demande ?

Parce que cela fait partie
effectivement des revendications et comme tout le monde s’y attendait,
c’est le point qui bloque les négociations. Le LKP ne démord pas. Le
patronat ne démord pas. Les positions se radicalisent.

Commentaire personnel : je trouve ça
dommage qu’un si beau mouvement bloque sur un point que je considère
comme étant secondaire en terme de portée sociétale sur le futur de la
Guadeloupe. [3]

Les guadeloupéens sont asphyxiés et meurent de faim alors ? Mais pas du tout !!

C’est cette question qui m’a poussé à
écrire ce mail. Un ami métropolitain m’a appelé aujourd’hui pour me
demander si on tenait le coup. Au début j’ai commencé à répondre que
malgré la durée du conflit, la mobilisation était toujours de mise. Il
me coupe : "Non, je voulais dire…Arrivez vous à remplir le
réfrigérateur" !!
La Guadeloupe est en grève générale depuis bientôt 4 semaines. Les
hyper marchés et super marchés sont fermés. En revanche les petits
commerces de proximités sont ouverts, mais les rayons des magasins sont
de plus en plus vides…

MAIS : La Guadeloupe s’organise. L’UPG
(Union des Producteurs Guadeloupéens) ainsi que les pêcheurs font parti
du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs continuent à
pêcher et à vendre leur poisson. Les animaux ne sont pas en grève : les
éleveurs continuent à s’en occuper et à vendre leur viande. La terre
n’est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs
exploitations et vendent leur denrées. Notre réfrigérateur n’a jamais
été aussi plein.

Les hyper marchés sont fermés, mais les
marchés sont ouverts. Il y a mieux : des marchés populaires sont
organisés devant les piquets de grève et un peu partout. Les
producteurs y vendent leurs denrées aux prix auxquels ils ont
l’habitude de vendre aux super marchés. Conséquence : ils ne perdent
pas leur récolte ni leur revenus, et le portefeuille du consommateur
apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande distribution ne
sont plus là.
Nous mangeons à notre faim et -fait intéressant- nous n’avons jamais
autant consommé local !!

Je n’ai pas de purée mousseline, je
n’ai plus de pâtes panzani… et alors ? J’ai des tubercules, des
légumes, de la viande, du poisson, des fruits frais, des fruits secs,
des fruits de mer… Et ça coûte moins cher que d’habitude.
En fait, je crois que je n’avais jamais mangé aussi équilibré de ma
vie.
Si vous n’avez jamais entendu tout ça, est-ce que la presse nationale
fait de la désinformation ?
Je n’irai pas jusqu’à dire qu’on vous ment. Disons que parmi tout ce
que les envoyés spéciaux des média nationaux voient, ils choisissent
5%, et le choisissent d’une manière assez surprenante.

La première semaine, ils n’en parlaient
pas. La deuxième semaine, ils n’ont montré que des images de touristes
dont les vacances ont été gachées par cette grève (je suis sincèrement
désolé pour eux, mais c’est la vie). Ils ont montré des rayons de super
marché vide et ont semblé vouloir dire que la rupture des stocks créait
le plus grand désarroi… Ils ont fustigé une grève qui – dit-on –
pénaliserait de manière irrémédiable l’économie Guadeloupéenne.

Puis Le secrétaire d’état aux DOM est
arrivé en Gaudeloupe. Il y a carrément déplacé son cabinet et son
staff. La presse ne pouvait plus se contenter des mini sujets baclés.
Ils ont commencé à en parler un peu plus. Aujourd’hui, l’information
que vous recevez est de plus en plus conforme à ce qui se passe.
Les "vrais" reportages font leur apparition. France inter a fait une
longue émission dessus, j’ai pu voir un long article sur Elie Domota,
porte parole du LKP dans je journal Le Monde. Libération a publié un
long texte d’Enest Pépin (écrivain Guadeloupéen)… Ca commence à
changer. Pourtant, je suis persuadé que ceux qui ont tout lu de ce mail
ont appris beaucoup de choses.

Pour les plus courageux, j’ajoute
encore quelques points importants. Je quitte la description pour
rentrer dans l’analyse (mais vous pouvez vous arrêter là).

Xénophobie ? Racisme ? Les slogans ?

Non, non, et trois fois non ! Le slogan
principal repris depuis le 20 janvier en coeur par les manifestants :
"La Gwadloup sé tan-nou, la Gwadloup sé pa ta yo. Yo péké fè sa yo vlé,
adan péyi an-nou"
Traduction littérale : " La Guadeloupe est à nous, La Guadeloupe n’est
pas à eux. Ils ne feront pas ce qu’ils veulent dans notre pays"
Traduction plus usuelle : "La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur
appartient pas. Nous ne les laisserons pas faire ce qu’ils veulent dans
notre pays."
La question qui inquiète certains : mais qui est ce nous et ce eux ?
Nous = noirs ? Eux = blancs ? Si oui, lesquels ? Les blancs en général
(métropolitains) ou les "béké", descendants des maîtres d’esclaves et
qui ont su conserver leur domination économique et d’influence grâce
aux héritages de génération en génération depuis l’époque esclavagiste,
jusqu’à présent (sans la diluer dans le reste de la population car le
béké fait souvent attention à "conserver la race"). [4]

Selon moi, il ne s’agit pas de ça. Moi
qui vit ce mouvement de l’intérieur, moi qui reprend ce refrain avec
joie depuis 4 semaines, je n’ai jamais désigné le blanc par ce "eux" et
tous les gens de mon entourage sans exception sont du même avis.

Mais alors qui ?

Eux…mais bien sûr, cela désigne les
"profiteurs". Les responsables de la pwofitasyon. La Guadeloupe n’est
pas un simple tube digestif, une sorte de terre de consommation, un
simple marché ou tout le monde peut venir faire ce qu’il veut, comme
dans une zone de non droit. Or les "pwofitasyon" révélées par ce
collectif, et que plus personne ne conteste donne bien l’impression que
c’est le cas depuis déjà trop longtemps. Avec la complicité de l’État,
volontairement ou par négligence (je veux bien croire que c’est par
négligence).

On en est à une situation ou il a fallu
qu’un collectif de 49 association déclenche une grève générale et les
plus grandes manifestations de l’histoire de la Guadeloupe pour que
l’Etat, enfin joue son rôle d’arbitre et de répression des fraudes. De
nombreuses voix en Guadeloupe avaient déjà dénoncé ces faits, mais de
manières isolées et sans réel résultat. Aujourd’hui, la tendance semble
s’inverser. C’est ce "eux" là que nous dénonçons depuis 4 semaines (27
jours).
Quant au nous, il est prometteur de quelque chose de tout à fait
nouveau, qui peut être enfin dépassera les clivages de race (ou en tous
cas tendra vers ça). La première personne à m’avoir envoyé un sms pour
me dire de venir en meeting est une Guadeloupéenne …blanche !

Pour moi, un Guadeloupéen est quelqu’un
qui lie son destin à celui de la Guadeloupe. Il est souvent noir
(question de chiffre), mais il est aussi blanc, indien (de nombreux
indiens ont débarqué en Guadeloupe après l’abolition de l’esclavage).
Il pourrait même être vert pomme que cela ne dérangerait pas les
dizaines de milliers de manifestants qui chantent ce slogan. Surtout,
nous ne sommes pas prêts à échanger sous prétexte de la race, une
pwofitasyon blanche contre une pwofitasyon noire. Ce Nous-Eux est
moral, bien plus que racial.
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de problème de racisme en
Guadeloupe. Il est clair que la société est pyramidale et que plus on
monte vers le sommet de la pyramide, plus les peux sont claires. Les
races n’existent pas, c’est une vérité qu’il faut répéter sans cesse…
Mais le racisme existe et le poids de l’histoire esclavagiste et
coloniale est palpable. Nous voila avec ce mouvement face à un
formidable défi qui consiste à poser les problèmes tels qu’ils sont,
pour les régler, et les dépasser. Permettez moi d’ajouter que je suis
assez optimiste sur cette question.

Scolarité en péril ?

J’étais à Paris VI lors de la grève
contre le CPE et sur les 12 semaines prévues du semestre, on a pu faire
11 semaines (moyennant le sacrifice des vacances scolaires). Il y a
fort à parier que nous ferons la même chose. Tout le monde est prêt à
voir disparaître les vacances de pâques, pentecôte et les jours fériés.
D’ailleurs les cours sont mis en ligne par les enseignants dans de
nombreux établissement. Et RFO, la télé locale (une branche de France
télévision) va bientôt commencer à diffuser des cours faits par des
enseignant sur les plateaux de télévision, afin que tout le monde
puisse regarder, à chaque niveau, à chaque matière. La petitesse de
l’île le permet, nous ne nous priverons pas de ce moyen !

Évolution statutaire ?

Peut être. En tous cas la question est
posée. Le débat est ranimé. Le mouvement s’exprime sous forme de grève
mais la densité du cahier de revendications montre clairement que tous
les fondements de la société sont remis en question.

Parmi les meneurs du LKP, nombreux sont
ceux qui sont "au moins" autonomistes. Pourtant, après 4 semaines,
aucun membre (sans exception) n’a jamais prononcé les mots "évolution
statutaire". C’est un débat qui déchaîne les passions et pour le bien
du mouvement, il convient de rappeler que ce n’est pas le but du
mouvement. Ce mouvement pose des questions et met en avant ce que
veulent les Guadeloupéens.

Si les hommes politiques apportent
parmi leurs réponses une question institutionnelle, elle fera de toutes
les façons objet de débats, et de référendum.

Mon avis sur la question

Les lois françaises sont conçues pour
répondre à une réalité géopolitique précise. Celle d’une France au
coeur de l’Europe, société post-industrielle. Elle n’ont jamais convenu
ni aux colonies, ni plus tard aux DOM-TOM et COM. Si bien que pour
pallier le "handicap", nous sommes toujours passé par des lois, qui
mettent en avant de nombreuses spécificités. Aujourd’hui, le système
d’intégration montre ses limites. Ceux qui jadis s’en accommodaient,
aujourd’hui soutiennent massivement un mouvement social, qui -bien que
ce ne soit pas son objectif- attire l’attention sur le fait que rien ne
va bien et qu’il faut peut être songer à changer les choses en
profondeur.

Quelque soit ce qui arrive,
l’indépendance n’est absolument pas à l’ordre du jour. Ni l’Etat, ni le
LKP, ni les nombreux manifestants qui soutiennent le LKP, ni même les
organisations anciennement indépendantistes des années 60, 70 et 80 ne
considèrent que la question est à l’ordre du jour. Les organisations
"anciennement indépendantistes" continuent à énoncer le principe moral
du droit des peuples à l’autodétermination qui est un droit inaliénable
inscrit dans la charte de l’ONU ; mais s’accordent pour dire qu’il faut
aller pas à pas, sans brûler les étapes.

Les pistes avancées sont plutôt celles
d’une évolution statutaire dans le cadre de la République Français
(genre article 73 et 74 de la constitution) vers plus de pouvoir
décisionnel local, plus de pouvoir législatif et douanier, afin de
répondre à la réalité géopolitique (nous sommes européens, mais nos
îles baignent dans le bassin caraïbéen !).

Je vous remercie d’avoir bien voulu
lire un aussi gros pavé. Je rappelle que je ne suis ni politologue, ni
sociologue… vous excuserez les approximations et la lourdeur du
style. Je suis simple étudiant guadeloupéen, solidaire du mouvement et
j’expose là, ce que je comprends de ce mouvement.

P.S : : J’ai commencé ce mail hier.
Aujourd’hui, la situation a un peu évolué. La répression policière et
militaire est désormais en marche.

Le mouvement a une dimension
internationale. Hier, c’est le révérend Jessy Jackson en personne qui a
envoyé son soutien au peuple de Guadeloupe et au LKP. Les organisations
syndicales du monde entier (je n’exagère pas) rentrent en contact avec
le LKP pour leur demander comment ils arrivent à mobiliser 100 000
personnes, sans un débordement (c’est le service d’ordre du LKP qui
organise la sécurité générale).

La Guadeloupe vient de connaître ses 27
jours les plus calmes niveau violences domestiques. Jamais il n’y a eu
si peu d’agressions et de faits divers. 0u d’accidents de voitures (pas
d’essence, tout le monde roule à 70 km/h).

Les Guadeloupéens sont vraiment fiers
de ce mouvement. Mais ce matin, la répression a commencé face a un
mouvement pacifiste depuis 27 jours. Il y a eu une soixantaine
d’arrestations de gens qui étaient simplement sur les barrages
pacifiques. Une des têtes du LKP a été blessée. Il a subi des injures
racistes venant des forces de l’ordre (toux ceux qui s’y connaissent un
peu en histoire de la Guadeloupe savent que c’est monnaie courante lors
des répressions de mouvement sociaux aux DOM).

Je ne fantasme pas sur le poids de
l’histoire. Tout au long de la seconde moitié du 20è siècle, tous les
grands mouvements sociaux ont été réprimés par les mitraillettes,
lorsqu’à Paris, le gaz lacrymogène suffisait largement. C’était le cas
en 1910, en 1952, en 1967, en 1975, en 1985. Chaque répression a
apporté son lot de mort, même si celle de mai 1967 accapare toutes les
mémoires puisque le nombre de morts a dépassé peut être la centaine de
personnes.

Évidemment, de l’eau a coulé sous les
ponts. 1967 et 2009 sont différents. Mais le préfet et l’état jouent à
un jeu dangereux. Car l’ensemble des mobilisés connaît le poids de
l’histoire et la tension est à son comble et beaucoup ont déjà averti
que cette fois ci, les guadeloupéens ne mourront pas…

Le LKP a appelé au calme. Il appelle à
la mobilisation massive et pacifiste pour faire reculer la répression.
L’immense majorité des interpellés aujourd’hui ont été relâchés ce midi
grâce (une fois de plus) à la pression populaire de la foule, massée
pacifiquement devant la police et le tribunal de Pointe-à-Pitre. La
tension redescend petit à petit.

Le préfet avait promis que les environ
4000 CRS débarqués en Guadeloupe dès le début du conflits étaient juste
une sécurité qu’il souhaitait de tout coeur ne pas utiliser. Depuis que
les négociations sont bloquées, d’autres ont débarqué…

Sadi SAINTON

Et comme on dit dans les îles : Kimbé rèd pa moli !

Notes

[1] La SARA est en situation de monopole en Guadeloupe, pas de concurrence. C’est elle qui distribue l’essence.

[2] voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maîtres de la Martinique" voici un lien ou on peut voir l’émission : http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV

[3] Il s’agit d’une augmentation de 200€ des bas salaires

[4] voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maîtres de la Martinique" voici un lien ou on peut voir l’émission : http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NVLexique pour les non créoles :
Définition du mot "pwofitasyon" selon nous les antillais : "poursuite acharnée du plus faible que soi" correspondrait le mieux d’après les divers commentaires .

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