Crise financière


Ajustement, mutation ou effondrement de l’Empire ?


par Thierry Meyssan

Thierry Meyssan, né le 18 mai 1957 à Talence (Gironde), est un journaliste français, président-fondateur du Réseau Voltaire.    
Biographie :

Élevé dans un milieu très catholique, il s’affirme ensuite comme « libre-penseur ». « Il centrera une partie de ses activités autour d’un militantisme laïque tout en manifestant un vif intérêt pour les questions religieuses au point de suivre des études de théologie.

En avril 2002, le Conseil supérieur de l’audiovisuel
(CSA) a écrit à France-Télévision après le passage de Thierry Meyssan
dans une émission de Thierry Ardisson et lui a ordonné de ne plus lui
donner la parole
à propos des attentats du 11 septembre.
Copie de cette lettre a été adressée à tous les médias audio-visuels
sous convention. Depuis, Meyssan n’a plus été invité sur une chaîne
française
, y compris lorsque Arte a consacré une soirée complète à le
mettre en cause.

Au cours de l’année 2007, il s’est exprimé sur les chaines de
télévision Addounia TV (Syrie), Alalam (Iran), Al-Jazeera (Qatar),
Al-Manar (Liban), Dubai TV (Emirats), GTRK (Kazakhstan), Irib (Iran),
KTR (Kirghizistan), News TV (Liban), NBN (Liban), PMR (Transnistrie),
Russia Today (Russie), Sahar (Iran), SSC (Syrie), Telesur (Amérique
latine), TSV (Transnistrie), Venezolana de TV (Venezuela), mais sur
aucune télévision française.

Il est membre du comité éditorial de la 9/11 Scholars Review.

Dans un entretien au site internet Reopen911 paru en septembre 2008, Thierry Meyssan indique travailler pour le news magazine russe Profile et collaborer à la chaîne de télévision libanaise al-Manar et à des chaînes de radio et de télévision iraniennes.

Dans un livre paru en Italie en 2007 et dans un entretien paru en octobre 2008,
il affirme que le département de la Défense des États-Unis a lancé un
contrat contre lui
et qu’il a été protégé par les autorités françaises
durant la présidence de Jacques Chirac. Ne disposant plus de protection
après l’élection de Nicolas Sarkozy, il s’est exilé en Syrie, puis au
Liban. Lors d’un déplacement, il a fait l’objet d’une tentative
d’assassinat
déjouée par la police vénézuélienne.

Lors d’une soirée spéciale consacrée aux attentats du 11 septembre,
la première chaîne de télévision russe le présente comme « le principal
dissident occidental
 » et insiste sur son exil.

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Depuis l’été 2006, Thierry Meyssan
pronostique l’effondrement des États-Unis à moyen terme suivi de leur
dislocation. Ce point de vue —qui a fait beaucoup sourire— trouve
aujourd’hui un début de confirmation : rien ne parvient à stopper la
crise financière US qui se transforme en crise économique. Selon cet
analyste, qui est politologue et non pas économiste, les sommets
internationaux qui se succèdent aujourd’hui n’ont pas pour but de
résoudre la crise, mais représentent une révolte des États vassaux pour
réorganiser un système qui, bien qu’agonisant, continue à profiter aux
États-Unis.


Le président Bush reçoit les ministres des Finances du G7, en ligne
derrière lui. La mise en scène vise à manifester que les alliés
s’interdisent de contester la suzeraineté des États-Unis sur le système
financier global. Pour combien de temps ?

Depuis
près de deux ans, le système économique mondial est déstabilisé par un
krach financier à rebondissements. De manière consensuelle, tous les
analystes s’accordent à interpréter cette période comme une crise
interne du modèle impérial anglo-saxon qui provoque des convulsion dans
toutes les économies sur lesquelles il exerce un leadership, voire une
domination. Dans ces conditions, les réponses publiques sont de deux
ordres. Pour la plupart des États, il s’agit de préserver l’économie
nationale en limitant la contamination, mais pour Washington, Londres,
Paris et Moscou, l’enjeu est différent. Il s’agit de savoir si le
dollar restera la clé de voûte du système, ou si celui-ci sera réformé,
voire abandonné car la question d’un possible effondrement des
États-Unis est désormais débattue.

Pour comprendre les rapports de force
actuels, nous allons retracer les étapes de cette crise. Commençons par
le commencement visible de la catastrophe.

La première crise des subprimes (trois premiers trimestres 2007)

Tout au long de la dernière décennie,
les banques US ont multiplié les propositions alléchantes de crédit
hypothécaire spéculatif (subprime). Tablant sur une hausse permanente
des prix immobiliers, elles ont évalué les hypothèques non plus selon
le prix du bien immobilier au moment de l’obtention du crédit, mais
selon son prix espéré s’il devait être vendu avant la fin du crédit.
Les prêteurs proposaient ainsi aux consommateurs d’emprunter pour
s’acheter à la fois la maison, les meubles, la voiture, et les frais de
scolarité des enfants, en gageant leur emprunt sur la seule maison. De
la sorte, ils purent trouver quantité de nouveaux clients qui
n’auraient normalement pas souscrit d’emprunt. Les consommateurs, quant
à eux, jouissaient d’une évidente amélioration de leurs conditions de
vie. Bien que n’ayant pas produit de richesses supplémentaires, mais
uniquement créé de l’argent sous forme de dette, ils pouvaient tous
couler une vie heureuse au pays enchanté du capitalisme triomphant.

Cependant, en 2006, les banques ayant
fait le tour des clients potentiels et la Réserve fédérale ayant
augmenté ses taux d’intérêt, la demande de logement à construire
commença à se ralentir. Les prix baissèrent. Du coup, les hypothèques
ne suffisaient plus à garantir les crédits engagés.

Pendant ce temps, les autorités US
s’acharnaient à masquer la situation économique en autorisant les
multinationales à truquer leur comptabilité et en truquant elles-mêmes
les comptes de la nation. Les grandes sociétés camouflaient leurs
opérations sur des produits financiers en les déplaçant dans leurs
filiales off shore donnant ainsi l’impression qu’elles réalisaient des
profits à partir d’une production réelle alors qu’ils provenaient de la
spéculation. À l’inverse, alors que la production nationale brute était
en forte récession, le Trésor états-unien ajoutait à ses statistiques
les crédits, obligations et titres dérivés. En cumulant produits réels
et « produits » financiers, l’Administration pouvait se targuer d’une
croissance continue. Quoi qu’il en soit, la récession de l’économie
réelle appauvrit des familles en cours d’accession à la propriété. Ne
pouvant payer leur traites, et le montant de l’hypothèque ne suffisant
plus à clôturer le crédit, on assista aux premières expulsions
d’emprunteurs.

Le séisme intervient en janvier 2007.
Ownit Mortgage Solutions et Mortgage Lenders Network USA Inc. cessent
leur activité, laissant derrière eux une ardoise de 3,4 milliards de
dollars. L’ensemble du secteur se trouve déstabilisé. 25 sociétés de
prêt hypothécaire font faillite en chaîne, dont le leader du marché,
New Century Financial Corporation. Alors que la classe dirigeante et
les médias n’ont pas réagi à l’expulsion de centaines de milliers de
familles, la faillite de quelques établissements financiers les
réveille dans leur sommeil.

Le problème s’étend bientôt aux fonds
d’investissement concernés. Bear Streams en ferme deux en juin 2007. Le
problème s’étend aussi à l’étranger. BNP-Paribas suspend la cotation de
trois de ses fonds d’investissement.

Ces faillites groupées assèchent les
liquidités des banques. Les gouvernements occidentaux considèrent que
l’on ne pourra pas stopper la crise des subprimes. Selon eux, une purge
générale est inévitable et il faut donc s’attendre à d’autres faillites
et à des expulsions en masse de nouveaux propriétaires. Par contre, les
gouvernements occidentaux mettent en place un plan coordonné pour
contenir la crise au secteur des prêts hypothécaires et sauver de la
contamination le secteur bancaire classique. Le 10 août, la Réserve
fédérale US injecte 43 milliards de dollars pour fluidifier les
marchés, la Banque centrale européenne l’équivalent de 214 milliards de
dollars et la Banque du Japon l’équivalent de 8 milliards. L’Australie
et le Canada interviennent à moindre échelle.

Pourtant, quelques jours plus tard, la
banque britannique de dépôts Northern Rock se trouve à court de
liquidités. Elle sera renflouée par la Banque d’Angleterre avant d’être
finalement nationalisée pour garantir les comptes des petits épargnants.

En octobre, Merrill Lynch annonce des
pertes colossales, bientôt évaluées à 8,4 milliards de dollars, et se
cherche un repreneur.

Washington constate que le plan de
sauvetage est insuffisant car la poursuite de la crise des subprimes
assèche à nouveau les banques et oblige de nouvelles injections de
liquidités par la Réserve fédérale. On ne peut donc plus considérer la
crise des subprimes comme une « douloureuse correction du marché des
prêts hypothécaires » et on ne peut se contenter de l’accompagner de
mesures sociales pour les expulsés. Comme la doctrine économique du
laisse-faire interdit à l’État de nationaliser les habitations
impayées, la Maison-Blanche fait appel aux grandes banques et leur
demande de créer un « super-fonds » de 100 milliards pour absorber les
crédits pourris. Cela paraît faisable, dans la mesure où la Réserve
fédérale a déjà largement injecté de telles liquidités dans le marché.
Dans la pratique, les banques comprennent vite qu’elles ne seront
jamais remboursées et se retirent du super-fonds dès qu’elles le
peuvent. Simultanément, le Congrès vote une législation gelant
provisoirement les dettes de plusieurs sociétés de prêt hypothécaire
pour éviter leur faillite.

Durant cette première tourmente, les
banques ont enregistré des dépréciations d’actif (c’est-à-dire des
pertes dues à l’insolvabilité à la base) d’environ 500 milliards de
dollars. Pour y faire face, elles ont du ouvrir leur capital pour 300
milliards de dollars et diminuer leur activité de 200 milliards de
dollars. Sur l’aimable suggestion de l’Administration Bush, les Fonds
souverains du Golfe viennent à la rescousse et entrent à leurs risques
et périls dans les grandes banques occidentales.

En définitive, l’éphémère super-fonds
et le gel des dettes interrompent la crise des subprimes. Toutefois,
rien n’est réglé. La crise reprendra six mois plus tard.

Les émeutes de la faim (dernier trimestre 2007, premier semestre 2008)

Conséquence de cette accalmie, les
grands établissements financiers se retrouvent avec un surplus de
liquidités. Ils décident de se refaire au plus vite une santé en
spéculant sur les marchés à terme : l’or, le pétrole, les denrées
alimentaires de base [1].

Or, le marché du pétrole est lui-même
en pleine restructuration. À l’appétit démesuré des économies
occidentales s’ajoute le récent développement industriel de l’Inde et
de la Chine. Par malheur, cette augmentation de la demande coïncide
avec une augmentation des coûts de production. De nombreux gisements
arrivent à épuisement, tandis que les nouveaux champs pétroliers sont
toujours plus onéreux à exploiter. D’autant que ce marché étant
spéculatif, la cotation ne se base pas sur le coût de production du
jour, mais sur l’estimation du niveau qu’il aura atteint lorsque l’on
renouvellera les stocks. Il s’en suit une flambée des prix du pétrole.

Le marché des denrées alimentaires de base est lui aussi déjà en pleine crise [2].
Sous l’effet des mesures de solvabilisation des économies imposées par
le FMI et la Banque mondiale, de nombreux pays du tiers-monde ont
diminué leurs surfaces cultivées et ont préféré des cultures
spéculatives aux cultures vivrières. Symbole de ce changement : la
production de bio-carburants destinés à faire rouler les 4×4 aux
États-Unis au détriment de la culture d’aliments pour nourrir la
population locale [3].
À cette crise structurelle s’ajoutent les mauvaises récoltes dans
plusieurs pays et surtout l’augmentation des coûts de production. En
effet, l’agriculture contemporaine est grosse consommatrice d’engrais
et de pesticides dérivés du pétrole. Il s’en suit une crise alimentaire
et des émeutes de la faim dans 37 pays à la fin 2007 et au premier
semestre 2008.

Ces émeutes menaçant l’équilibre
politique mondial, la Maison-Blanche et le Congrès décident de
stabiliser les prix par des interventions de l’USAID sur les marchés
agricoles et un discret rappel à l’ordre des établissements financiers
impliqués dans la spéculation.

Si la demande alimentaire est stable
quelque soit le prix de vente, car on ne peut vivre sans manger, par
contre la demande d’énergie est volatile. Elle baisse lorsque les prix
sont trop élevés. Et la baisse de la demande fait baisser les prix,
relançant ainsi la demande, etc. Cet effet yo-yo devrait s’accroître
dans le futur, au fur et à mesure de la raréfaction des champs
pétroliers faciles à exploiter et de l’augmentation des coûts de
production.

Seconde crise des subprimes (second semestre 2008)

La crise des subprimes reprend à
l’expiration des mesures provisoires, à l’été 2008. Cette fois, elle
est attendue et l’Administration Bush s’y est préparée. Sa stratégie
consiste d’une part à laisser autant que possible les dettes aux mains
d’investisseurs étrangers, et d’autre part à informer des sociétés
amies pour qu’elles profitent de la crise pour absorber leurs
concurrents.

Les obligations et titres US en tous
genres, jugés insolvables, détenus par des investisseurs étrangers se
répartissent alors comme suit :

 Japon : 593 milliards de dollars

 Chine (Hong Kong inclus) : 580 milliards de dollars

 Paradis fiscaux : 208 milliards de dollars

 Royaume-Uni : 291 milliards de dollars

 Pays du Golfe : 174 milliards de dollars

 Brésil : 148 milliards de dollars

 Russie : 74 milliards de dollars

 Suisse : 45 milliards de dollars

Tout cet argent virtuel est appelé à disparaître en priorité, mais
en définitive ce sont 25 000 milliards de dollars virtuels qui vont
partir en fumée remettant en cause le leadership états-unien.

Les pertes des petites sociétés qui ont
été gelées se répercutent sur les deux principales sociétés de prêts
hypothécaires US garanties par l’État fédéral, Fannie Mae et Freddie
Mac. Le temps de faire les comptes et le 7 septembre, elles annoncent
des pertes records approchant les 15 milliards de dollars. Obligé
d’exercer sa garantie, l’Agence fédérale du Logement place ces sociétés
sous administration publique conservatoire. C’est une nationalisation de facto.
Les créanciers de Fannie Mae et Freddic Mac sont rassurés, mais les
détenteurs d’obligations émises par ces deux géants se retrouvent avec
du papier sans valeur. Pas de chance, la Banque centrale chinoise en
avait acheté pour 397 milliards de dollars… sur les conseils d’Henry
Paulson lorsqu’il était patron de Goldman Sachs.

Nouvelle partie de « chaises
musicales ». La règle du jeu est connue : chacun essaye de vendre les
titres qu’ils sait insolvables et d’en acheter qu’il espère juteux.
Mais il est très difficile d’évaluer leur valeur tant qu’on ne s’est
pas trouvé dans la situation de la recouvrir. Les établissements
financiers s’échangent donc des titres en multipliant les plus-values,
mais lorsque des consommateurs ne peuvent plus payer leurs emprunts,
l’établissement qui détient leurs créances fait faillite. Plus
distrayant encore : les joueurs qui ont une meilleure trésorerie ou qui
ont eu un peu de chance peuvent spéculer à la baisse sur les actions
des établissements mal-portants et réaliser des profits en hâtant leur
faillite.

Sur ce principe, Merrill Lynch est
racheté par Bank of America, tandis que Lehman Brothers se voit refuser
l’aide de l’État et s’effondre. Avec l’aide du directeur des
investissements de la firme, George Herbert Walker IV, frère du
président Bush, ses actifs seront principalement récupérés par le
Britannique Barclays. Cette fois, la crise ne se limite pas aux
sociétés de prêt hypothécaire. Elle franchit un pas et contamine le
secteur des assurances. Prenant pour la première fois une mesure
personnelle, la Réserve fédérale accorde des prêts-relais totalisant
123 milliards de dollars à AIG en échange d’une prise de participation
majoritaire, une mesure qu’elle avait refusée à Lehman Brothers. Il ne
s’agit plus de la nationalisation d’une société d’économie mixte, mais
de celle d’une société privée. Il apparaît vite que cette mesure
contraire à orthodoxie du laissez-faire vise aussi à sauver les
dirigeants d’AIG qui fêtent leur nationalisation en dépensant un
demi-million de dollars pour se reposer une semaine dans un palace
californien. Champagne et jolies filles : c’est le contribuable US qui
régale !

Les malheurs des uns font le bonheur
des autres. JPMorganChase rachète les actifs de Washington Mutual,
tandis que CityGroup acquiert Wachovia.

L’orage grondant et la rumeur évoquant
une Grande dépression comme en 1929, l’administration républicaine
élabore enfin une solution : le plan Paulson, du nom du secrétaire au
Trésor. Plutôt que d’organiser la faillite des sociétés détenant des
crédits pourris, l’idée est de sauver la bulle financière et les
privilèges qui vont avec en faisant payer par l’État fédéral les
crédits insolvables. Techniquement, on reprend le principe d’un
« super-fonds » pour éponger les dettes des organismes financiers, mais
cette fois au lieu d’être abondé par des banques, il le sera par
l’État, c’est-à-dire par les contribuables. La fuite en avant continue.
Il s’agit de gagner quelques semaines et de repousser les mauvaises
nouvelles après l’élection présidentielle US. Un fonds de 700 milliards
de dollars sera ainsi créé. Cet argent pourrait être récupéré
ultérieurement car après avoir ré-négocier les dettes des particuliers,
l’État percevra directement durant des années les mensualités de leurs
prêts. Enfin… si les consommateurs conservent leur emploi et ont de
quoi payer leurs traites, ce qui est peu probable.

L’annonce de ce plan fait immédiatement
chuter le dollar. En effet, ces 700 milliards représentent une hausse
d’un quart du budget fédéral, sans la moindre entrée pour l’équilibrer.
L’Administration sera obligée de faire marcher la planche à billets,
donc de dévaluer insidieusement la valeur du dollar, ce que les
spéculateurs anticipent.

La crise se développe désormais en
Europe aussi. Le 29 septembre, le Royaume-Uni nationalise Bradford
& Bingley. La Belgique et les Pays-Bas démantèlent Fortis, en
cèdent des actifs à BNP-Paribas et nationalisent le reste. L’Allemagne
vient au secours de Hypo Real Estate. La France, la Belgique et le
Luxembourg viennent au secours de Dexia. L’Irlande annonce qu’elle
garantira les avoirs des petits épargnants placés dans les six
principales banques de dépôt du pays, à hauteur de 400 milliards de
dollars. L’Islande nationalise Glitnir et suspend des cotations, mais
ne parvient pas à stabiliser sa monnaie qui dévisse de 30 %.

Soumis le 29 septembre à une Chambre
des représentants dominée par des démocrates qui sont favorables à
cette solution, le Plan Paulson est à la surprise de tous rejeté par…
les républicains de M. Paulson. À la surprise de tous ? Non : quelques
grands spéculateurs proches d’Henry Paulson, dont Goldman Sachs,
CityGroup et JP Morgan Chase, étaient informés de cette péripétie. Ils
réalisent des profits faramineux dans la journée.

Le Plan est rediscuté et amendé, puis
finalement adopté. Dans la version finale, le montant des avoirs
liquides des petits épargnants garantis par l’État a été augmenté, ce
qui ne change pas grand chose mais donne l’impression d’avoir pris en
considération les classes laborieuses. Les deux nouveautés importantes
sont que les succursales états-uniennes de banques étrangères pourront
profiter de la manne et que la distribution des 700 milliards ne sera
pas discrétionnaire par le secrétaire au Trésor, mais soumise à un
vague contrôle parlementaire a posteriori. En
d’autres termes, lorsque l’Administration sauvera un établissement
financier, elle devra prouver qu’elle n’en a pas profité pour enrichir
des amis. Mais elle n’aura aucun compte à rendre lorsqu’elle laissera
choir un autre établissement, comme elle le fit avec Lehman Brothers.
En définitive, le contribuable US renflouera donc à ses frais les amis
du pouvoir qui ont fait de mauvais placements, tandis que les
expulsions continueront. Avant de quitter la Maison-Blanche, l’équipe
Bush réalise ainsi le hold-up du siècle.

Après une journée d’euphorie à Wall
Street, l’indice Dow Jones perd 22 % en une semaine. Le problème est
que la bulle financière ne se limite pas aux subprimes. Les banques ont
émis des obligations sur ces crédits, puis ont encore titrisé ces
obligations. Bref, la spéculation s’est développée sur trois étages et
le plan de sauvetage du premier étage n’empêchera pas la chute des deux
autres. En outre, s’il est possible en théorie d’arrêter la crise des
subprimes en faisant payer les contribuables US, c’est hors de
proportion pour renflouer les étages supérieurs. En une décennie,
l’ensemble de la bulle financière a atteint l’équivalent de deux années
complètes de produit intérieur brut états-unien.

Extension du domaine de la crise

La crise financière globale avait été
analysée et prévue à l’avance par quelques économistes, au premier rang
desquels l’États-unien Lyndon LaRouche et le Français Jacques
Cheminade [4],
mais ils avaient été diabolisés, tour à tour traités de fascistes et
d’extrémistes de gauche pour les disqualifier. Selon eux, le système ne
peut être sauvé en sa forme actuelle. Quoique douloureux, il faut
mettre en faillite les établissements non solvables en accompagnant
leur chute de mesures sociales, au lieu de renflouer le tonneau des
Dannaïdes et d’entretenir la crise. Ils militent pour relancer
l’économie par des investissements productifs étatiques, et pour
changer le système financier mondial de manière à empêcher la
reformation d’une bulle financière. Néanmoins la justesse de leur
analyse de la crise ne signifie pas nécessairement que leurs solutions
soient les bonnes. On ne manquera pas de leur objecter que des mesures
de ce type n’avaient pas suffit à Roosevelt pour résoudre la Grande
dépression.

Identiquement, le Français Maurice Allais (prix Nobel d’économie 1988) avait publié deux ouvrages majeurs La crise mondiale d’aujour’hui : pour de profondes réformes des institutions financières et monétaires [5] et La Mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance : l’évidence empirique [6] dans lesquels il analysait l’évolution du système financier et prévoyait la crise actuelle [7]

Suivant l’exemple irlandais, le
Danemark, l’Autriche, l’Allemagne, l’Islande et la Grèce annoncent
qu’ils garantiront les avoirs des petits épargnants. Bientôt, tous les
États membres de l’Union européenne font de même.

Le 8 octobre, le Premier ministre
britannique Gordon Brown, annonce la nationalisation partielle des
principales banques de la Cité : Abbey, Barclays, HBOS, HSBC Bank plc,
Lloyds TSB, Nationwide Building Society, Royal Bank of Scotland, et
Standard Chartered. En outre, la Banque d’Angleterre injecte des
liquidités pour fluidifier le marché inter-bancaire.
Plus surprenant, activant la loi anti-terroriste, le chancelier
de l’échiquier annonce le gel des avoirs islandais au Royaume-Uni. Pour
éviter que la crise monétaire islandaise ne contamine l’économie
britannique, il argumente que les décisions du gouvernement islandais
menacent la sécurité du Royaume-Uni. Frappée de plein fouet, la monnaie
islandaise poursuit sa descente aux enfers.

Le Royaume-Uni ne s’est pas contenté de prendre des mesures pour
sauver ses banques au prix d’une spectaculaire volte-face idéologique.
Il a franchi un pas en plaçant les questions financières dans le
domaine de la sécurité nationale. C’est qu’il n’entend pas uniquement
résoudre les conséquences intérieures de la crise, mais utiliser
celle-ci pour recentrer le système mondial à Londres en s’appuyant sur
les banques anglo-américaines.

Le même jour, les banques centrales des USA, du Royaume-Uni, du
Canada, de la Zone euro, de la Suède et de la Suisse annoncent
simultanément une baisse de leurs taux d’intérêt.

L’économie russe est indirectement
affectée. Les investisseurs anglo-saxons ont retirés leurs avoirs au
mois d’août, à titre de rétorsion après la guerre d’Ossétie du Sud,
provoquant une forte chute de la Bourse de Moscou. Alors que le
gouvernement peine à remettre de l’ordre, Washington et Londres exigent
que leurs banques se concentrent sur le marché intérieur et cessent
tout prêt à des sociétés russes. De nombreux oligarques, qui ont placé
leurs avoirs à l’étranger, refusent de les rapatrier ainsi que leur
suggère le Kremlin depuis deux ans et persistent à spéculer sur les
marchés mondiaux. Le gouvernement et la Douma sont contraints de
débloquer 36 milliards de dollars pour compenser la défaillance ou le
refus des banques anglo-saxonnes.

À Monaco, les dirigeants de Dexia
fêtent leur renflouement par la Belgique et la France autour d’un dîner
à 200 000 euros. Le lendemain midi, C’est au tour des dirigeants de
Fortis qui ont survécus à la nationalisation partielle par les Pays-Bas
de retrouver l’appétit. Ils s’offrent un déjeuner dans le même palace à
3 000 euros le couvert.

L’Empire, co-géré par Londres et Washington

Les 10 et 11 octobre, une série de
réunion est organisée à Washington. L’administration Bush convoque une
réunion du G8 sans la Russie avec qui la guerre financière est déclarée
depuis août et le conflit ossète. Lui coupant l’herbe sous le pied, le
premier ministre britannique Gordon Brown adresse préalablement une
lettre à chaque participant. Il y présente les propositions de sa
conseillère spéciale, la baronne Shriti Vadera. Pour Londres, plutôt
que de chercher à éponger les dettes astronomiques des organismes
bancaires, il faut restructurer ce secteur et le nationaliser
partiellement. Cet objectif peut être réalisé en recourant à trois
mesures simultanées : la « recapitalisation » des banques défaillantes,
la fluidification des prêts inter-bancaires et la garantie publique des
dépôts des petits épargnants. Problème : le Plan Vadera, comme le Plan
Paulson, doit être financé par une vaste émission de monnaie au risque
d’accroître une crise qui trouve son origine dans la bulle financière.
La négociation s’engage.

Le secrétaire US au Trésor, Henry
Paulson veut conserver la main, mais a déjà montré qu’il ne maîtrisait
pas la situation chez lui. Il rappelle au passage, de manière
mécanique, comme si son autorité n’était pas ébranlée, que le désordre
bancaire ne doit pas permettre aux Iraniens de contourner l’embargo
dont ils font l’objet. Le ministre allemand Peer Steinbrück ne veut pas
que l’on profite du krach pour imposer une gouvernance financière
supra-nationale, à l’inverse de son homologue français, Christine
Lagarde qui pense faire la bonne élève en évoquant la création d’un
Fonds spécial européen équivalent au Fonds Paulson.

Ça n’a plus d’importance, car le patron
de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, s’est déjà mis d’accord avec ses
collègues de la City. C’est que la Réserve fédérale n’est pas une
agence du gouvernement fédéral US, mais un organisme mixte contrôlé par
de grandes banques privées, dont certaines sont états-uno-britanniques.
En définitive, le plan britannique est adopté, mais dans des termes
assez vagues pour ne pas humilier Paulson. Pour sauver le système, les
grands argentiers se sont pliés devant les propositions de Dame Vadera.
La page du laissez-faire reagano-tatchérien est
tournée. L’interventionnisme de l’État est de retour, mais à la manière
de la Couronne, pour socialiser les pertes, pas les richesses.

Voici le relevé de décisions du G7 :

« Le G7 a convenu aujourd’hui que la situation
actuelle appelle une action urgente et exceptionnelle. Nous nous
engageons à continuer à travailler ensemble pour stabiliser les marchés
financiers et restaurer le flot du crédit pour soutenir la croissance
économique mondiale. Nous avons convenu de :

1 – prendre des mesures décisives et utiliser tous les outils à
notre disposition pour soutenir les institutions financières
d’importance systémique et empêcher qu’elles fassent faillite ;

2 – prendre toutes les mesures nécessaires pour débloquer le
crédit et les marchés monétaires et pour assurer que les banques et les
institutions financières aient un accès large aux liquidités et aux
capitaux ;

3 – faire en sorte que nos banques et nos autres intermédiaires
financiers majeurs puissent, quand c’est nécessaire, lever des capitaux
de sources publiques comme privées, en des montants suffisants pour
restaurer la confiance et leur permettre de continuer à prêter aux
ménages et aux entreprises ;

4 – faire en sorte que nos programmes nationaux respectifs de
garantie des dépôts bancaires soient robustes et cohérents, de manière
que nos petits déposants puissent continuer à avoir confiance dans la
sécurité de leurs dépôts ;

5 – prendre des décisions, lorsque c’est approprié, pour relancer
le marché secondaire de la dette hypothécaire et d’autres actifs
titrisés. Des évaluations précises, une information transparente sur
ces actifs et la mise en oeuvre cohérente de normes comptables de haute
qualité sont nécessaires.

Ces actions doivent être prises de manière à protéger le
contribuable et à empêcher des effets potentiellement dommageables sur
d’autres pays. Nous allons utiliser les outils de politique
macroéconomique quand cela est nécessaire et adéquat. Nous soutenons
fortement le rôle déterminant joué par le FMI pour aider les pays
affectés par ces turbulences. Nous allons accélérer la mise en oeuvre
complète des recommandations du Forum de stabilité financière et nous
avons pleinement conscience du besoin pressant d’une réforme du système
financier. Nous allons continuer à renforcer notre coopération et
travailler avec d’autres pour accomplir ce plan.
 »

Le lendemain matin, les ministres des
Finances du « G7 » (mais pas les banquiers centraux) sont reçus à la
Maison-Blanche. Cette seconde rencontre n’est pas décisionnaire, elle a
pour seul objet de réaffirmer la suzeraineté états-unienne, alors même
que le plan adopté est celui des Britanniques. À la fin, le président
des États-Unis s’adresse à la presse. Symboliquement, tous ses hôtes se
tiennent en ligne derrière lui, comme un bataillon au garde à vous.
George W. Bush se contente d’indiquer que des décisions prises la
veille devraient être étendues incessamment au G20. C’est en fait le
G24 qui se réunit sans attendre autour du secrétaire au Trésor, Henry
Paulson, avec la Russie cette fois, pour prendre acte des décisions du
G7. Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et le Forum de
stabilisation financière ont été associés à ces trois rencontres.

Force est de constater que la mise en
œuvre de ce programme par les États membres de la Zone euro est
juridiquement impossible. Les critères de convergence de l’Union
économique et monétaire, dits « critères de Maastricht » du nom du
traité qui les fixe, sont formels : les États doivent contenir leur
dette publique et leur déficit budgétaire. Aucune intervention
financière massive des États n’est autorisée, sauf à modifier le
traité, selon une procédure qui exige plusieurs années.

Qu’à cela ne tienne ! La France, en
tant que présidente temporaire du Conseil européen, convoque une
réunion de l’Eurogroupe auquel se joint le Royaume-Uni. Gordon Brown
expose le plan Vadera qui ne peut plus être amendé puisqu’il a déjà été
adopté par le G7 et que le G24 en a pris acte. Angela Merkel répète
qu’il n’est pas question que l’Allemagne cède un pouce de sa
souveraineté financière et entrouvre la porte à une gouvernance
supra-nationale. Silvio Berlusconi, seul dirigeant présent à avoir une
expérience personnelle du monde des affaires, explique à ses collègues,
politiciens professionnels, les difficultés de financement des
entreprises. Nicolas Sarkozy abandonne l’idée d’un Fonds spécial
européen, puisque les États-uniens se sont ralliés au plan britannique.
Il veut bien tout ce que l’on veut pourvu qu’il puisse partager avec
Brown ce moment de gloire. Comme prévu, le plan Vadera est adopté,
c’est-à-dire que les dispositions relatives à la Zone euro dans le
Traité de Maastricht sont abandonnées par consensus
inter-gouvernemental, sans égard pour les Parlements et les Peuples qui
l’ont ratifié. À vrai dire, personne ne s’en soucie, car plus personne
ne veut de ces règles étouffantes et dépassées.

Le communiqué final de l’Eurogroupe
élargi est une paraphrase verbeuse du relevé de décisions du G7. Outre
les décisions relatives à la crise, le plan Vadera comprend un
engagement de normalisation des règles comptables internationales sur
celles de la City. Les sociétés seront autorisées au choix à évaluer
leur actif au prix auquel elles les ont achetés ou au prix auquel elles
pourraient les vendre. Cette mesure est d’autant plus surprenante que
l’opacité de la comptabilité anglo-saxonne est une des causes de la
crise. C’est elle qui empêche d’évaluer précisément la solvabilité des
entreprises. Peu importe, alors que les chefs d’État et de gouvernement
européens évoquent en public un besoin de transparence, ils concèdent
aux Anglo-saxons une mesure essentielle à la poursuite de la
globalisation de leur modèle.

L’Empire peut-il être co-géré par Washington et Bruxelles ?

Conseillé par ses amis de la Banque
Rothschild, son frère Olivier Sarkozy du Carlyle Group, ainsi que par
son beau-père par alliance, l’ambassadeur Frank Wisner II
(vice-président du groupe AIG), Nicolas Sarkozy ne se contente pas de
suivre le mouvement [8].

Dès le 23 septembre (c’est-à-dire
pendant le lancement du Plan Paulson), il appelle l’Assemblée générale
de l’ONU à « refonder le capitalisme ». Soutenu par la Banque
d’Angleterre et la Réserve fédérale US, il revient à la charge à chaque
occasion, malgré l’agacement de l’administration Bush finissante.

En de nombreuses occasions, Nicolas
Sarkozy et ses alliés anglo-saxons évoquent « un nouveau Bretton
Woods », en référence à la conférence internationale qui créa le
système financier actuel à la fin de la Seconde Guerre mondiale. De la
part de personnalités qui se sont toujours opposé à la remise à plat
des règles de la finance mondiale, l’expression est significative : le
système de Bretton Woods a été conçu dans la lignée de la Charte de
l’Atlantique pour asseoir la domination financière anglo-saxonne sur
« le monde libre », au détriment des autres Alliés et contre l’Union
soviétique.

En définitive, George W. Bush concède
la convocation d’un sommet des chefs d’État du G20 à Washington, le 15
novembre, c’est-à-dire après l’élection de son successeur. Drôle de
réunion en vérité où les États-Unis seront représentés par deux
présidents : un sortant, chargé des affaires courantes et un entrant,
pas encore investi des pouvoirs de sa fonction.

Nicolas Sarkozy enfonce le clou devant
le Parlement européen, évoquant la création d’un gouvernement
économique européen, sous forme d’une présidence permanente de
l’Eurogroupe qu’il se propose d’assumer. L’idée provoque la fureur des
Allemands et la joie des Britanniques qui y voient la possible
réalisation du projet de Winston Churchill : un système économique
mondial fondé sur deux piliers, un nord-américain et un ouest-européen,
avec le Royaume-Uni comme charnière, sinon comme centre du monde. Le
tout passant par l’anglo-saxonisation des États-nations européens.

Contrairement aux apparences, la
création éventuelle d’un gouvernement économique européen n’ambitionne
pas un renforcement de l’euro, mais vise à mettre fin à la rivalité
euro-dollar en intégrant l’euro dans un nouveau système impérial [9].
Moscou ne s’y est pas trompé, qui a décidé de se délester
progressivement de ses réserves en euros comme il l’a déjà fait de ses
réserves en dollars. Le président Dmitry Medvedev a même proposé aux
chefs d’État de l’Organisation de coopération de Shanghai d’abandonner
le dollar pour leurs échanges au profit des monnaies nationales.

Vers la dislocation des États-Unis ?

Cependant cette réorganisation du système financier mondial arrive trop tard [10].
La récession de l’économie états-unienne est trop profonde. La
décision, prise en 1995, par le Congrès alors dominé par les
républicains, de relancer la machine de guerre US pour dominer le monde
s’est soldée par un désastre. Dés 2004, le Fonds monétaire
international constatait que la production de biens de consommation
s’effondrait aux États-Unis et que ceux-ci entraient dans une
« économie de guerre » [11].
Cette tendance s’accélérait sous la double pression des mesures
sécuritaires étouffant le commerce et des dépenses astronomiques de la
guerre globale au terrorisme. Transformé en monstre prédateur, les
États-Unis ont essayé de se nourrir en enchaînant les proies, mais ne
sont pas parvenus à trouver de retour immédiat sur investissement
suffisant en Irak. Ils se retrouvent très exactement dans la position
de l’Union soviétique à la fin des années 80 : leur secteur militaire a
vampirisé toutes leurs énergies.

Ainsi que je l’ai systématiquement noté
dans les nombreuses émissions auxquelles j’ai participé depuis l’été
2006, l’échec du projet de remodelage du Grand-Moyen Orient sanctionné
par la défaite militaire israélienne au Liban a sonné la fin de
l’Empire. De même que l’Union soviétique s’est effondrée et disloquée,
de même les États-Unis sont désormais menacés d’effondrement et de
dislocation.

Au delà des indices boursiers qui ne
donnent pas d’indication fiables sur l’état de l’économie réelle, les
indices se multiplient de faillite du système. L’industrie automobile,
principale industrie civile aux États-Unis annonce des fermetures
d’usines et ne pourra pas éviter la catastrophe sans être rachetée par
l’État. Ces fermetures en annoncent d’autres de sorte qu’il paraît
difficile d’empêcher un doublement du chômage aux États-Unis en 2009.
Les usines chinoises qui approvisionnent les super-marchés
outre-Pacifique ferment en chaîne, ce qui implique que les rayonnages
de ces super-marchés ne tarderont pas à être vides. Ainsi que nous
l’avons annoncé il y a un an déjà, de nombreux États fédérés devraient
bientôt se retrouver dans l’incapacité de payer les traitements de
leurs fonctionnaires et par voie de conséquence dans l’obligation de
fermer écoles et hôpitaux [12]. Déjà la Californie est officiellement menacée de faillite, c’est pourtant l’État fédéré le plus riche.

Plus d’un quart des États-uniens sont
des retraités dont les pensions dépendent de placements financiers. La
plupart d’entre eux risquent de se trouver rapidement sans ressources.

On n’imagine pas que l’expulsion de
centaines de milliers de familles et leur relogement dans des campings
municipaux ne tourne pas à l’émeute dans un pays où les armes sont en
vente libre. Craignant les conséquences sociales de cette situation, le
gouvernement fédéral s’est préparé à proclamer l’état d’urgence. Cette
éventualité a été évoquée au Congrès lors du vote du Plan Paulson. Des
troupes d’élite, spécialisées en Irak dans le maintien de l’ordre, ont
été rapatriées et se tiennent prêtes [13].

Certains commentateurs envisagent que
Washington cède à la tentation des années 30, lorsque pour sortir de la
crise de 1929, il encouragea la guerre en Europe. Mais une telle option
serait aujourd’hui inadéquate : la guerre ne peut plus être la solution
car elle est précisément à la base du problème.

C’est pourquoi tout est entrepris pour
masquer l’ampleur de la crise, tout au moins jusqu’à l’élection
présidentielle du 4 novembre. Au besoin, de nouvelles liquidités seront
injectées et les bourses occidentales suspendront leurs cotations. Une
fois cette échéance passée, il appartiendra au prochain locataire de la
Maison-Blanche de procéder à la liquidation des actifs et de tenter de
le faire en préservant la paix civile.

Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).

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