Les portes-flingues de l’UMP, et en particulier le consternant F.Lefebvre, manient fréquemment le thème de la prise d’otages. Surtout quand il faut vomir les mouvements sociaux et la défense des droits acquis. Mais quand il s’agit de colossaux fonds publics déployés pour éponger les dettes de jeux de banques d’affaires, ces plantons du néo-libéralisme utilisent un langage bien plus ouaté, évoquant le refinancement, la stabilité.

Les sociétés financières, si on emploie la sémantique de l’UMP (pour l’exemple français) pratiquent une vraie prise d’otages à l’égard des États. Et il ne faut pas se fier au coryphée de l’Europe qui fait des moulinets avec son sabre en bois, pour penser que les choses vont changer.
D’abord, un plan de communication savamment orchestré avec un leitmotiv, “Sauver les banques !”. Pas franchement rallié à cette idée, le citoyen se dit plutôt que sauver une bande de pitres en complets anthracite relève, soit de l’assistanat débile, soit du suicide économique à moyen terme (s’il est (vraiment) libéral). Ces tristes sires, chevaliers blancs de la liberté d’entreprendre bâfrent depuis des lustres, squattent l’olympe symbolique de la société mondialisée post-moderne. Il serait de bon aloi aujourd’hui de lancer une bouée à ces disciples du risque et de la responsabilité ? “Mais c’est une obligation !” martèle-t-on. A droite comme à gauche. Sans ça, l’Armageddon économique. Rien n’est épargné par les médias en croisade, de toute obédience. Pour convaincre le gauchiste on dégaine “les pauvres seront les premiers à pâtir de la crise”. Désopilant, ils ne subissaient aucun désagrément auparavant, vivaient même dans un certain confort. Et on évoque un collapsus général, ciblant le social-démocrate de droite qui frémit en pensant à son assurance-vie soufflée comme du pollen dans la tempête. Brrr… Flippant. Il est fascinant de constater qu’une partie de la classe politique qui a fait carrière (dans les partis ou les organisations internationales) sur l’idéologie de la finance et de la spéculation est aujourd’hui en première ligne pour exhorter à la règlementation. Au premier chef, l’incontinent D.Strauss-Khan, grande figure contestataire en France, qui a brillamment réussi à s’imposer dans les arcanes du FMI New-Yorkais.

De plus, il existe des raisons factuelles à ce gigantesque hold-up.
Les États pratiquent le désarmement unilatéral face aux puissances
financières depuis près de 20 ans. Quand ils gardent quelques munitions,
c’est pour appuyer (paradoxalement) les établissements financiers vers
plus de dérégulations (liberté dit-on en libéral). P.Beregovoy, autodidacte
dépressif du parti socialiste a signé l’arrêt de mort de la régulation financière
en 1986, sous les acclamations d’une grande partie de son camp, la gauche.
Ce ne fut qu’une première étape vers la “modernisation” des marchés
financiers et la marche forcée vers le paradis du libre échange et de la fluidité
des fonds pour tous, une sorte  de démocratie populaire (financière).

Les gouvernants successifs ont oublié un précepte simple qui veut qu’une puissance va jusqu’au bout de ce qu’elle peut, et ne s’arrête que lorsque elle rencontre une énergie au moins égale à la sienne*. A force de désarmer et de jouer contre ses intérêts (c’est à dire celui des citoyens), l’État a organisé lui-même son impotence. Le rouleau compresseur de la spéculation déferle depuis vingt ans à intervalles réguliers et les conséquences sont là : 1987 krach, 1992-1993 crise monétaire européenne, 1997 crise financière internationale, 1998 crise financière internationale, 2001 implosion de la bulle internet.

Alors on dépoussière les hochets de circonstances : la moralisation, la prise de conscience, la refonte du système, etc…

On mouline comme jamais !

Des États, dits en faillite, octroient des lignes de crédits à des établissements notoirement défectueux. Et ce, dans une surenchère qui au milieu du mois d’octobre 2008, s’élève à 1 700 milliards de dollars. A titre comparatif, un plan humanitaire d’investissement qui viserait à faire reculer durablement la famine, conséquence d’une crise alimentaire beaucoup moins anxiogène pour les instances internationales, s’élèverait à…30 milliards de dollars**.

L’assistanat aux banques est consenti sans contrepartie. Elles gardent la totale indépendance sur les engagements spéculatifs, ainsi que le contrôle total du conseil d’administration. Parmi le grand zéphyr de promesses, on en retiendra une cocasse qui vise à démanteler les paradis fiscaux, faite par J.C.Juncker, premier ministre du…Luxembourg, paradis fiscal.

Un martelage idéologique, davantage pugnace envers les faibles (citoyens revendicatifs) qu’envers les forts (technocrates de la devise), assorti d’une réelle infirmité de la puissance publique conduit à ce mirifique braquage. Plus de 3 milliards d’otages, dont une bonne partie située en occident, affectée subitement du syndrome de Stockholm.

*F.Lordon à propos des marchés

** Selon la FAO

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