Présidentielles US : Pourquoi Obama ne sera jamais président

     

Indépendammment du fait que les américains ont toujours vu d’un mauvais oeil un homme politique noir approcher du pouvoir suprême (rassurons nous, on a le même ici, notre camembert national ayant en effet déclaré : "Je n’ai pas besoin des voix du Front National, je les ai déjà."), et de la lente érosion des voix du Parti Démocrate US (comme chez nous tiens !), il est un système très bien rodé depuis 2002 qui pourrait bien faire gagner Mc Cain au détriment d’Obama.
En fait, il est très simple : on rejette les les demandes d’inscription des citoyens sur les listes électorales. La suite en détail…

Aux USA, on te saisit ton droit de vote en même temps que ta maison
Gregoire Seither

On est à fond dans la stratégie annoncée par Greg Palast, dans son livre l’an dernier (Armed Madhouse). Le but de
l’opération n’est plus de bourrer les urnes ou de trafiquer les
résultats (c’est trop visible) mais tout simplement d’empêcher un
maximum d’électeurs du camp adverse de se rendre aux urnes. A la fin,
l’élection se joue sur une poignée de voix… commme dans l’Ohio, en
2004, où la victoire de Bush a été décidée sur une avance de moins de
45 000 voix, pour un pays de 300 millions d’électeurs.

L’Etat du Michigan est un “swing state”, un Etat où le
basculement même infime de la majorité des votes pourrait bien décider
du résultat de l’élection présidentielle US de 2008. Le comté de Macomb
(Michigan) est lui-même un levier important pour décider du résultat de
l’élection. Les électeurs démocrates y sont nombreux, mais aussi les
indécis. La victoire se jouera donc sur quelques milliers, voire
quelques centaines de voix.

Dans le comté de Macomb, comme ailleurs, la crise du
“subprime” a surtout frappé des familles pauvres, noires, dont les
faibles revenus ne permettent pas la poursuite du paiement de traites
immobilières qui ont triplé par endroit. Des milliers de personnes ont
perdu leurs maisons, saisies pour non paiement des traites.
Aujourd’hui, "grâce" au Parti républicain, ces personnes vont également
perdre leur droit de vote.

Comme par hasard, la majorité de ces personnes vit dans des districts électoraux traditionnellement acquis au Parti démocrate.

James Carabelli, premier secrétaire du Parti
républicain dans le comté de Macomb, a compilé une liste de maisons
saisies et les noms de leurs propriétaires, afin de contester la
participation de ces personnes à l’élection de novembre prochain. “Si
leur maison a été saisie, c’est donc qu’ils n’habitent plus ici… et
donc ils ne devraient pas avoir le droit de voter ici.

‘Nous avons compilé les listes des maisons saisies et
nous allons être vigilant que personne ne puisse utiliser ces adresses
pour prétendre voter dans les bureaux de vote que nous supervisons.”
Pour Carabelli, il s’agit simplement de respecter la loi.

La législation électorale de chaque Etat permet aux
partis politiques de désigner des ’superviseurs électoraux’ qui ont le
pouvoir d’empécher une personne de voter. Les superviseurs ne se
contentent pas de surveiller le bon déroulement du vote, ils peuvent
également contester le droit de vote d’une personne “pour laquelle ils
ont de bonnes raisons de penser que cette personne n’est pas en droit
de voter dans ce bureau de vote”. Il peut s’agir d’une personne tentant
de voter alors qu’elle est privée de droits civiques, il peut s’agir
d’un étranger en situation irrégulière… ou tout simplement une personne
qui ne réside pas vraiment dans la circonscription électorale
.

Le Parti républicain du Michigan compte apparemment
s’appuyer sur ce dernier point pour empécher de voter des personnes
“qui ne sont plus résidentes du district, puisque leur maison a été
saisie”.

De nombreux experts juridiques mettent en doute la
légalité d’une telle démarche. Pour Gerald Hebert, ancien expert
électoral pour le Ministère de la Justice U.S. et directeur du Campaign
Legal Center à Washington : “Vous ne pouvez pas empêcher un citoyen
d’user de son droit de vote, sans élément concret à présenter. Une note
de saisie n’est pas une preuve suffisante que la personne ne réside
plus dans le district, la plupart des personnes ne quittent pas
immédiatement leur maison, même quand elle a été officiellement saisie
par la banque.”

Pour Hebert, “cette tactique est de toute évidence une
manoeuvre mesquine pour écarter des urnes des gens dont on soupçonne
qu’ils ne voteront pas pour le candidat McCain. On n’est plus en
Floride, ils ne traficotent plus les bulletins de vote et les machines
à voter, ils empêchent simplement un maximum d’électeurs démocrates de
se rendre aux urnes. Soit par des méthodes légales comme celle-ci, soit
par du harcèlement, soit par du sabotage de l’élection, en provoquant
des embouteillages dans les bureaux de vote, obligeant les gens à faire
la queue pendant longtemps… toujours dans le but de les décourager
d’aller voter. “

L’exploitation de la crise du subprime à des fins
électorales est une nouvelle illustration de l’étroite implication de
la campagne de John McCain avec les milieux financiers engagés dans la
saisie de centaines de milliers de maisons à travers le pays. Ainsi,
dans le comté de Macomb, le bureau de campagne du Parti républicain est
installé dans les locaux de l’entreprise Trott & Trott, spécialiste
de la saisie immobilière. Le fondateur de la société David A. Trott, a
collecté près de 250 000 dollars pour la campagne de John Mc Cain.

Source : Alter Info

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[Greg Palast – extrait de son livre "Armed Madhouse" (édition 2007) pages 343 à 350 – Traduction : Grégoire Seither ]


Le 1er janvier 2006, le Parti Républicain a gagné les élections
présidentielles U.S. de 2008. Il l’a fait lors d’une petite cérémonie
privée afin que le Parti Démocrate ne se rende pas compte que le “Grand
Ole Party” (GOP, surnom du Parti Républicain) avait bourré les urnes
deux ans avant les élections.


Mais avant de vous raconter comment ils s’y s’ont pris pour voler
l’élection présidentielle, laissez moi d’abord vous raconter comment il
ne s’y sont PAS pris.

.

Le débat autour des ordinateurs de vote est une manoeuvre de diversion

Je
sais qu’on va me clouer au pilori pour oser dire des choses pareilles.
C’est de la pure hérésie,mais il faut bien que quelqu’un le dise : les
Républicains ne vont pas truquer les élections 2008 en trafiquant les
entrailles des ordinateurs de vote.

Est
ce que je suis entrain de vous dire que les ordinateurs de vote sont
fiables ? Bien sur que non, relisez le chapitre 4 de ce livre, bordel !
Il est évident qu’ils vont trafiquer les machines. Ils l’ont fait en
2006. Mais ce n’est pas comme cela qu’ils vont s’assurer de la victoire
en 2008.

Il n’y a que peu de doutes sur le fait que l’élection 2000 ait été truquée. Tout comme l’élection 2004 d’ailleurs. [NdT.
Greg Palast explique en détail et preuves à l’appui, les méthodes
employées pour fausser le vote lors des deux dernières élections
américaines, dans le livre ‘Armed Madhouse’ (en anglais) ainsi que dans
son livre en français "Démocratie Business" (Ed. Timéli) et
dans l’interview paru dans "Black List" (en français chez Editions des Arènes)].

 


Mais ce ne sont pas les ordinateurs de vote qui ont fait pencher la
balance, ni en 2000, ni en 2004. Et en 2008 ce ne sera pas non plus le
cas. C’est certain qu’ils vont truquer le résultat, mais avec des
méthodes bien plus insidieuses, aux résultats bien plus fiables
… d’ailleurs, ce n’est pas la peine de parler au futur conditionnel, ils l’ont déjà fait. Des millions de votes de citoyens américains ont déjà été volés.


En 2000, les votes ont été volés grâce au système secret de “révision
des listes électorales”, un “nettoyage” mené par la Secrétaire d’Etat
de Floride, Katherine Harris, rejeton d’une vieille famille de
l’oligarchie Républicaine et par son patron, le gouverneur de Floride
Jeb Bush, grand frère du président. Leur “révision” a permis de rayer
94 000 personnes innocentes des listes électorales – essentiellement
des hommes noirs et pauvres qui avaient le malheur de porter le même
nom qu’un ‘felon’ (personne ayant un casier judiciaire) – permettant
ainsi de faire pencher la balance électorale dans certains districts
connus pour voter majoritairement Démocrate.

L’arnaque au “felon” a été dévoilée et a donné naissance à une flopée
de livres sur le truquage des élections ainsi qu’à un vaste mouvement
d’activistes qui se mobilisent pour lutter contre la perversion de nos
valeurs démocratiques. C’est bien. Mais ce qui est moins bien c’est
que bon nombre de militants dans cette armée de citoyens mobilisés sont
entrain de mener le mouvement de défense des élections directement dans
la gueule ouverte de Karl Rove
.

Nous l’avons déjà vu en 2002, quand l’opinion s’est mobilisée pour la
loi “Help America Vote Act” (HAVA), aboutissant à la création d’un
“bulletin de vote provisoire” qui était censé permettre à une personne
faussement rayée des listes de voter néanmoins de manière provisoire,
en attendant qu’une commission électorale examine sa requête et décide
d’accepter ou non son vote.

Cela partait d’une bonne idée, mais c’était trop facile à manipuler. Il
suffisait que la commission électorale tarde à se réunir ou bien
qu’elle décide tout simplement d’invalider “par manque de temps” (comme
ce fut le cas dans l’Ohio en 2004) la totalité des bulletins
provisoires. Ainsi, en 2004, les stratèges Républicains utilisèrent le
“vote provisoire” pour écarter plus de 3 000 000 électeurs susceptibles
de voter pour John Kerry. Ensuite, en toute légalité, un bulletin sur
trois fut jeté à la poubelle. Le bulletin de vote provisoire a permis
d’endormir la vigilance des militants des droits démocratiques, mais en
réalité c’était un faux bulletin qui ne servait à rien.

Dans l’Ohio, en 2004, l’Etat qui a décidé de la défaite de Kerry, ce ne
sont pas non plus les ordinateurs de vote qui sont en cause. Dans cet
Etat, il n’y avait pas assez d’ordinateurs de vote installés pour
pouvoir influencer l’élection. Seulement 14,6% des bureaux de vote
étaient équipés d’ordinateurs de vote. En Ohio, le vote Kerry s’est
perdu dans une tempête de bulletins mal perforées, ce qui n’est pas
étonnant, vu que l’Ohio était l’Etat avec le plus fort taux de vieilles
machines à perforation installées dans les bureaux de vote connus pour
préférer les Démocrates aux Républicains.

On
va sûrement me tirer dessus oser le dire, mais c’est un fait que le
Secrétaire d’Etat de l’Ohio, Kenneth Blackwell, était trop content
qu’un mouvement de citoyens blancs propres sur eux vienne manifester
contre sa décision d’installer des ordinateurs de vote Diebold dans les
bureaux du centre-ville et des quartiers pauvres. Cela lui a permis de
laisser en place les vieilles machines à perforation, connues pour mal
poinçonner les bulletins et donc invalider le vote. Ca tombe bien, les
votes invalidés l’étaient dans des bureaux votant historiquement pour
les Démocrates. C’est toujours autant de voix en moins pour Kerry.

Comme je l’ai déjà montré, preuves à l’appui, au chapitre 4, avant les
élections 2004, Blackwell avait écrit une missive confidentielle aux
responsables Républicains pour leur expliquer que le fait de laisser
les anciennes machines à perforation en place dans des districts
“sensibles” (connus pour voter Démocrate) permettrait d’y invalider des
milliers de votes. Et c’est ce qui s’est produit. Deux ans après
l’élection, une inspection physique de ces bulletins de vote – menée
par une équipe sous les ordres de l’avocat Bob Fitrakis – a permis
d’identifier 22 000 bulletins trafiqués, mal-perforés et donc rejetés.
Tous provenaient de ce que les experts appellent des “districts à haut
rendement pour le Parti Démocrate”. L’Ohio n’a pas eu besoin de haute
technologie et de trafficotage d’ordinateurs pour voler l’élection
présidentielle. C’était un hold-up extrèmement low-tech.

Et
nous refaisons la même chose en 2008 ! Nous facilitons le travail des
voleurs de votes aux prochaines élections présidentielles en focalisant
notre attention et nos efforts militants sur un point de détail : sus aux ordinateurs de vote.

Et
il n’y a pas de meilleur exemple que le cas du Nouveau-Mexique pour
illustrer la manière dont le camp adverse s’appuie sur notre peur des
ordinateurs de vote pour nous baiser. Dans cet Etat, les députés
Républicains ont voté la proposition du Gouverneur Richardson exigeant
un vote par bulletins papier… mais cette “victoire” des anti-ordinateur
de vote s’est faite au prix de l’instauration de toute une série de
mesures visant directement à empécher les pauvres et les gens de
couleur de voter. La première de ces nouvelles mesures est l’obligation
faite à l’électeur de présenter une carte d’identité d’électeur pour
pouvoir voter.

Et
ils n’ont pas perdu de temps. Juste avant les élections intermédiaires
de mi-mandat, en 2006, le Secrétariat d’Etat du Nouveau-Mexique annonça
qu’il avait envoyé les nouvelles cartes d’identité d’électeurs à tout
le monde, mais que plus de 200 000 cartes étaient revenues sans avoir
été réclamées ou bien parce que l’adresse du destinataire n’était pas
correcte. Le gros des cartes ainsi retournées provenait de la région
d’Albuquerque, c’est à dire une région votant historiquement pour le
Parti Démocrate.

La
méthode porta ces fruits. Au cours de ces élections de mi-mandat 2006,
la député Démocrate Patricia Madrid, faisant campagne dans l’épicentre
du désastre des “cartes d’identité retournées à l’expéditeur”, perdit
son siège à cause d’une différence de 875 voix, sur un total de près de
250 000 votes. Un grand nombre d’électeurs s’était vu refuser l’accès
aux urnes parce qu’il n’avait pas reçu la carte d’identité d’électeur,
devenue obligatoire. Ici encore, les ordinateurs de vote ne jouèrent
aucun rôle.

Le
Parti Démocrate, ivre de sa victoire au niveau national, ne prit pas la
peine de contester cette élection au Nouveau Mexique. Ils ne
demandèrent même pas un recompte des voix. Trop occupés à trinquer avec
leurs coupes de champagne, les Démocrates ne s’inquiètèrent pas du fait
que, au niveau national, un demi-million de citoyens américains
s’étaient vus privés de leur droit de vote à cause de l’extension de la
règle du “Montrez-moi vos papiers si vous voulez voter”.

En
laissant faire en 2006, les Démocrates risquent de découvrir que ce
sont les magouilles à la carte d’identité qui décideront de l’issue des
élections de 2008, et non les voix des électeurs américains.

Mais
ces petites magouilles à la carte d’identité ne sont rien à côté de ce
qui se trame par ailleurs. Suivez moi, vous n’avez encore rien vu.

 

Le 1er Janvier 2006, les Républicains ont gagné l’élection présidentielle 2008

En ce jour de l’An 2006, alors que la presse U.S. était occupée ailleurs, un nouvel amendement de la loi HAVA (Help America Vote Act) entra
en vigueur. Ce petit codicile , ajouté en douce, accorde le pouvoir à
chacun des cinquante Secrétaires d’Etat de rejeter des inscriptions sur
les registres électoraux.

Dans les années précédentes, les Secrétaires d’Etat comme Katherine
Harris en Floride ou Kenneth Blackwell dans l’Ohio, naviguaient souvent
en marge de la loi quand ils disaient “vous n’avez pas le droit de voter
à plusieurs centaines de milliers de citoyens américains qui avaient le
malheur d’être noir et de voter pour le Parti Démocrate. Mais à partir
de 2006, ces actes illégaux ne se produirent plus, non pas parce que
les autorités changèrent de comportement. Non, tout simplement parce
que maintenant ils ne sont plus illégaux étant donné que les autorités
ont changé la loi.

Depuis le 1er janvier 2006, les Secrétaires d’Etat ont le droit – ils ont même l‘obligation
– de refuser toute inscription sur les registres électoraux d’un
électeur dont le nom et le “numéro d’identité” (numéro de permis de
conduire, numéro de sécurité sociale, numéro de passeport) ne
coincident pas avec ceux figurant dans la “liste de vérification”
compilée par l’administration de l’Etat.

Vous ne voyez pas où est le problème ? Si vous croyez que je
m’excite pour pas grand chose, alors laissez moi vous énumérer quelques
faits : quand la loi HAVA a octroyé ce droit aux Secrétaires d’Etat à
travers le pays, les autorités ont rejeté une application sur trois.
Un citoyen américain sur trois qui venait s’inscrire sur les listes
électorales s’est vu dire “casse toi”. Les autorités locales se sont
rué sur ce nouveau pouvoir et s’en sont servi avec entrain. Dans
les premiers mois de 2006 par exemple, la Californie a rejeté plus de
40% des demandes d’inscriptions sur les listes électorales.

Est-ce que cela importe vraiment ? Oui, si vous considérez que
chaque année environ 24,3 millions de citoyens américains viennent
s’inscrire ou se réinscrire sur les listes électorales.
Au
rythme actuel des rejets d’inscription, il ne faudra pas longtemps pour
purger ces listes des personnes indésirables – enfin, indésirables pour
les Secrétaires d’Etat.

La question clé est, bien sûr : Qui est rejeté ? Dans
la grande majorité, les personnes interdites de vote portent des noms
comme Garcia-Marquez, Yao Ming ou bien Mohammed. C’est du moins la
conclusion de l’étude menée par Justin Levitt, du Brennan Center for
Justice, un département de la Faculté de Droit de l’Université de
New-York. “La grande majorité des personnes rejetées porte un nom hors du commun” explique Justin. Enfin, “hors du commun” pour un fonctionnaire du Parti Républicain, bien sûr.

Bon, me direz vous, si on les a rejetés pour une raison valable, par
exemple parce qu’ils ne sont pas des résidents légaux, alors on ne peut
rien faire. Mais, dans l’Etat de New-York, une étude a été ménée qui a
analysé cas-par-cas les demandes rejetées. Dans 71% des cas, la demande
a été rejétée à cause d’une erreur d’entrée de l’agent administratif
chargé de saisir les formulaires de demande.

Et c’est là que se situe le scandale. Il n’y a pas une once
de preuve comme quoi des milliers de citoyens tenteraient de voter
illégalement. Par contre, dans le cas de la Californie, la grande
majorité des personnes rejetées était coupable du “délit de sale vote”,
c’est à dire qu’ils sont d’origine hispanique et que statistiquement
les hispaniques votent pour le Parti Démocrate.

A Los Angeles, où le maire Démocrate est d’origine mexicaine, on n’a
aucun intérêt à éliminer des électeurs chicanos, les fonctionnaires du
comté reprirent donc les listes des 40% de demandes rejetées. Ils
contactèrent les personnes rejetées et corrigèrent les erreurs de
saisie faites par l’agent administratif du bureau des élections. En
faisant cela, ils firent passer le taux de rejet d’application de 40% à
presque zéro !

Je ne sais pas si vous saisissez ce que cela veut dire. Les
milliers de personnes en Californie à qui on avait dit “vous n’avez pas
le droit de voter” étaient en fait des électeurs légitimes, privés d’un
droit constitutionnel et démocratique.
Mais il n’y a qu’à Los
Angeles qu’on a révisé les listes. Dans les autres contés, où
l’administation est moins favorable aux basanés, la règle qui prévaut
est “Va te faire voir Pedro”.

Vous me direz : “Pourquoi est-ce mal de demander aux électeurs de
s’identifier par le biais d’une carte d’identité et de vérifier son
identité en la comparant aux données d’une liste officielle compilée
par les autorités ?” Ce n’est pas que c’est mal, c’est que cela ne marche pas ! De fait, le système est conçu dès le départ pour ne pas marcher.

Si vous êtes un électeur qui n’a pas (ou plus) de permis de
conduire, si vous n’avez pas de passeport ou pas de permis bateau – ou,
pour simplifier, si vous êtes un électeur Démocrate qui vit dans un
quartier pauvre – le seul moyen de vous identifier est de donner votre
numéro de Sécurité Sociale pour vous inscrire. Ca à l’air équitable,
mais en fait cela ne l’est pas.

L’Administration de la Sécurité Sociale est incapable de confirmer
les identités de 46% de ses affiliés au niveau national –
essentiellement à cause d’erreurs de saisie et de transmission par les
autorités locales au niveau de chaque Etat. Serions nous en présence
d’un tsunami d’inscriptions frauduleuses ? Non, c’est simplement que
les bases de données sont incapables de répondre à la demande de
vérification.

Et certains hommes politiques sont ravis de cette incapacité. Dans
l’Alabama, en 2006, le Parti Démocrate porta plainte contre les défauts
flagrants de la “base de donnée de vérification d’identité d’électeurs”
mise en place par l’administration Républicaine de l’Etat. Les erreurs
dans cette base avaient permis d’interdire l’accès au vote à des
milliers d’électeurs noirs. Plutôt que d’instruire la plainte, le
Ministère de la Justice trouva une solution plus conciliante : il
demanda à un juge de nommer un “expert” qui serait chargé de réviser
les procédures de vérification d’identité. Qui fut l’expert désigné par
le juge ? Le Gouverneur Bob Riley, élu du Parti Républicain.

L’exemple de Los Angeles montre que parfois les autorités se donnent
du mal pour défendre le droit au vote de leurs administrés. Mais Los
Angeles est une exception. Partout à travers le pays, des millions
de citoyens se voient privés de leur droit de vote sans que la presse
ne s’en émeuve. A la mauvaise vieille époque de la ségrégation et du
“Jim Crow”, quand des Noirs essayaient d’aller voter, on leur cassait
la figure, voire pire.

Aujourd’hui on est plus subtils. On leur prend leur formulaire de
demande d’inscription électorale, on leur fait un grand sourire… et on
jette la demande à la poubelle. Le résultat est le même.

Parfois les caves se rebiffent. Ainsi le Brennan Center for Justice
et une coalitition de syndicats et de groupes de défense des droits
civiques unirent leur forces pour attaquer en justice l’Etat de
Washington qui avait rejeté presque une demande d’inscription sur trois
dans les quartiers urbains de Seattle. Ce qui avait attiré l’attention
des militants était le fait que la majorité des victimes de ces rejets
portait des noms philipins ou chinois. Dans leurs cas, le taux de rejet
d’application était deux fois plus élevé que chez les résidents des
banlieues cossues et des zones rurales de l’Etat, où vivent
majoritairement les électeurs blancs et Républicains.

Par contre l’Etat de l’Ohio a réussi à ce jour à tenir les chiens de
garde de nos droits civiques à distance. Et ce par une méthode très
simple : en entretenant un savant flou et un épais brouillard autour
des méthodes et procédures appliquées pour l’inscription sur les listes
électorales. Il est difficile de porter plainte contre une procédure
inconnue et dans notre cas, celui qui maniait la machine à brouillard
était le Secrétaire d’Etat Kenneth Blackwell. Jusqu’aux élections de
mi-mandat 2006, le Républicain Blackwell refusait systématiquement de
révéler les critères appliquées par l’Etat de l’Ohio pour rejeter une
demande d’inscription électorale. Pas un mot sur la méthode de
vérification. Il refusait même de dire combien d’applications avaient
été rejetées sur la base de la loi HAVA.

Il faut dire que Blackwell n’est pas un novice dans l’industrie du
rejet d’électeurs suspects de voter pour l’autre camp. Dans la
préparation de la campagne présidentielle Bush-Kerry, en 2004,
Blackwell avait déjà tenté de rejeter des dizaines de milliers de
demandes d’inscriptions électorales en se basant sur l’argument que le
formulaire de demande n’était pas – selon lui – imprimé sur du papier
ayant l’épaisseur requise. Quand l’opposition et les groupes citoyens
dénoncèrent ce petit jeu, il fit marche arrière. Mais il réussit
néanmoins à éliminer 36 251 inscriptions électorales avant les
élections de 2004.

Les méthodes de Blackwell portèrent leurs fruits en 2006. Dans le 2è
et 15è district de l’Ohio, les Républicains sauvèrent leurs sièges avec
une marge de moins de 1% des voix, alors que, partout ailleurs dans
l’Etat, la tendance était à un raz de marée Démocrate et
anti-Républicain.

Blackwell fut un des premiers à exploiter à fond les nouveaux
pouvoirs que lui accorde la loi HAVA. Mais il est loin d’être le seul.
Enfoui tout au fond du rapport annuel du gouvernement sur les élections
2004 (National Voting Rights Act report) se trouve un chiffre qui
devrait nous faire grimacer : à travers le pays, dans les deux années
qui ont précédé l’élection présidentielle de 2004, près de 4 millions
de demandes d’inscription sur les listes électorales ont été jetées à
la poubelle pour des raisons techniques. Nous avons vu à Los Angeles
que des erreurs techniques de saisie sur les formulaires peuvent être
facilement corrigèes – si les autorités ont pour objectif de permettre
aux gens d’exercer leur droit démocratique au vote. Mais de toute
évidence les autorités ne veulent pas que les gens exercent ce droit.

Aujourd’hui, avec les nouveaux pouvoirs accordés par HAVA aux
Secrétaires d’Etat, il n’y a plus de limite au nombre de demandes qui
pourront être rejetées. De fait, les nouvelles réformes fédérales du
code électoral sont devenues un moyen pour rendre les listes
électorales aussi select et restreintes que l’adhésion à un Country
Club dans le Vieux Sud.

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Le syndrome de « l’élection volée »

Anne Toulouse

Depuis
le recompte et la conclusion judiciaire de l’élection de 2000, les
Américains ont perdu confiance dans leur système électoral. Rien de ce
que font les États, ou le gouvernement fédéral, ne semble pouvoir
rassurer les électeurs. Internet est plein d’histoires de complots
destinés à spolier le vrai vainqueur. La création d’une commission
indépendante présidée à l’origine par Gerald Rudolf Ford Jr. et Jimmy
Carter ne fait que renforcer la méfiance, dans la mesure où le travail
de cette commission fait ressortir de multiples irrégularités. Beaucoup
sont commises de bonne foi, mais il y a une vieille tradition, dans les
deux partis, qui consiste à exploiter toutes les failles du système.
Les électeurs, comme nous l’avons vu, ne se soumettent pas volontiers
aux contraintes de réglementation des opérations de vote. Les États qui
ont voulu instaurer des contrôles pour vérifier la nationalité, ou même
l’identité des électeurs ont été traînés en justice par des
organisations de défense des libertés civiques. La présidente de la
Ligue des électrices a, par exemple, décrété qu’il s’agissait d’une «
pratique odieuse ».

L’élection de 2008 connaîtra
vraisemblablement les mêmes psychodrames que les précédentes, et la
Commission électorale s’apprête déjà à appliquer sa philosophie de
fonctionnement : ne pas s’émouvoir tant que la marge d’erreur ne
dépasse pas la marge de la victoire d’un candidat !

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