Après avoir renouvelé son gouvernement suite aux multiples défaites des listes de ses ministres- candidats aux municipales, Nicolas Sarkozy, qui avait promis ce mini-remaniement, nous gratifie d’ un collaborateur un peu spécial, puisqu’ il sera chargé de la surveillance du Net, et plus particulièrement de "suivre toutes les informations circulant au sujet du président de la république".

Ce nouveau venu se nomme Nicolas Princen, il est normalien et d’ HEC, et c’ est à 24 ans qu’ il intègre ainsi la nouvelle équipe gouvernementale.

Celui-ci n’ en est pas à son coup d’ essai puisqu’ il animait, au moment de la campagne pour les élections présidentielles de 2007, l’ émission Libre Cours sur NSTV (Nicolas Sarkozy TV), la chaîne du site de campagne de Nicolas Sarkozy.

A l’ annonce de ce mot : surveillance au sujet du Web, la blogosphère franco-française n’ en finit pas de bruisser, puisqu’ il paraît que pas moins de 10.000 billets sur le chef de l’Etat sont en effet postés chaque jour sur les blogs francophones, « dont 80% sont critiques ».

Il est vrai que l’ information semble futile, car comme le souligne le JournalChretien.net : « confier une véritable cellule d’ écoute du Web, à l’instar de son ancêtre téléphonique mitterrandien des années 1980, à un jeune premier sorti d’ HEC et de Normale Sup, est d’ abord ringard. A l’ heure de 24h Chrono, nous pourrions espérer mieux. Quelque chose de plus proche et professionnel de la NSA. » Si certains trouvent cette nomination ridicule, serait-ce réellement la marque d’ une incompétence en matière de communication politique en ligne ? Dans tous les cas, comme l’ a déclaré David Abiker, mercredi sur France Info, « bienvenue quand même…» à Nicolas.

Il est à noter que les plus grosses critiques sur notre omni-président nous viennent de l’ étranger, car, comme chacun sait, il devient dangereux ici-bas pour un organe de presse nationale de parler à tort et à travers des aventures mediatico-présidentielles. Il ne suffit de se désigner comme son "frère" pour pouvoir écrire sans l’ aval préalable du monarque.

J’ en veux pour preuve l’ article publié récemment dans El País, l’ organe de presse espagnol unanimement reconnu et apprécié de part le monde, dont je vous livre la traduction :

Pour le directeur adjoint d’El País, le président français “se vautre dans l’exhibitionnisme” et “rabaisse la République au niveau de Monaco”. Une charge violente contre un Sarkozy atteint d’une “incurable hypertrophie de l’ego”.

Les Français ont un problème. Ils croyaient avoir un superprésident, un hyper­dirigeant capable de les sortir de la dépression et de la décadence, et voilà qu’ils ont écopé d’un président comme ils en ont déjà connu beaucoup d’autres : à savoir malade, limité, qu’il faut dorloter et protéger tout en s’organisant pour que la France tourne et que le gouvernement et les institutions fassent leur devoir.
La situation n’a rien d’inédit : Pompidou et Mitterrand étaient déjà des présidents malades et diminués. Le premier est même mort avant la fin de son mandat. Quant à Chirac, il fut un obstacle paralysant pendant une bonne partie de sa présidence. La maladie dont souffre Sarkozy n’a pas la gravité du cancer de la prostate de Mitterrand, mais elle touche un organe vital s’il en est : l’ego. Celui du président est d’évidence atteint d’une hypertrophie probablement incurable.
Plus on s’approche du 9 mars, date du premier tour des élections municipales, plus la nervosité des candidats du parti présidentiel augmente et plus on redoute les interventions de Sarkozy, susceptibles de faire perdre des voix à l’UMP. Le parti du chef de l’Etat est divisé à cause de tensions qu’il a lui-même créées. Le traitement qu’il a infligé en public aux uns et aux autres, y compris à certains de ses collaborateurs les plus proches, est digne du comportement d’un monarque bilieux et capricieux avec ses laquais. Même son actuelle impopularité est extravagante : elle ne s’explique pas par un train de réformes puisque ces dernières sont encore largement inappliquées. Elle s’explique uniquement par son comportement public.

Un triomphe de sultan, seigneur en son sérail

Le trône qu’occupe Nicolas Sarkozy a été imaginé par de Gaulle pour lui permettre d’être le troisième larron d’un monde bipolaire. Le président français voulait être un fier contrepoids occidental dans l’affrontement entre Washington et Moscou. Or Sarkozy, arrière-petit-fils libéral et proaméricain de De Gaulle (après le petit-fils, Chirac, et le fils, Pompidou), s’est installé sur le trône élyséen porté par son ambition personnelle et sa conception égotique de la présidence : il a par le fait encore accru les pouvoirs de la présidence. Et, une fois parvenu à ses fins, il s’est consacré à lui-même, comme un ado narcissique obnubilé par ses sentiments et ses plaisirs. Certes, le pouvoir peut en apporter beaucoup, mais la prudence conseille de ne pas trop en faire étalage. Sarkozy le téméraire fait tout le contraire et se vautre dans l’exhibitionnisme.
C’est sur trois points précis qu’est venu se briser le personnage : l’économie, qui n’a pas enregistré la moindre amélioration depuis son arrivée ; son idéologie plus néocons, voire “théocons”, que gaulliste – en témoignent des prises de position sur la laïcité contraires à la culture de la République ; et sa vie privée, étalée dans les médias.
En monarque thaumaturge qui par une simple imposition des mains devait augmenter le pouvoir d’achat, il a échoué au point de prononcer la formule maudite qui rompt les sortilèges : “Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Que je vide des caisses qui sont déjà vides ?” En monarque philosophe, il a manifesté les plus fortes réserves vis-à-vis des traditions républicaines, en exprimant avec désinvolture son affinité intellectuelle avec le pape. Il n’a pleinement triomphé que dans le rôle de sultan, seigneur en son sérail, paré des atours qui passionnent un certain public – et manifestement aussi ses pairs. Le voilà fasciné par son propre pouvoir de séduction, son goût exquis et sa désinvolture. Mais ce triomphe-là a le don de déprimer beaucoup de Français car il rabaisse la République au niveau de la principauté de Monaco.

Lluís Bassets in Sarkozy c’ est fini

Cà fait peur !

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